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galet Le Mercredi des cendres, premier jour du Carême

Le Mercredi des cendres, premier jour du Carême, est marqué par l’imposition des cendres : le prêtre dépose un peu de cendres sur le front de chaque fidèle, en signe de la fragilité de l’homme, mais aussi de l’espérance en la miséricorde de Dieu.

Tout en le marquant, le prêtre dit au fidèle : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». L’évangile de ce jour est un passage de saint Matthieu - chapitre 6, versets 1 à 6 et 16 à 18 - qui incite les fidèles à prier et agir, non pas de manière orgueilleuse et ostentatoire, mais dans le secret de leur cœur : "Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que te donne ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais en secret (...) 
Quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret (...) Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement du Père qui est présent dans le secret".

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Les Cendres

Les cendres qui proviennent des rameaux de l’année précédente, brûlés pour l’occasion, sont déposées sur le front des fidèles. Cette coutume de se couvrir la tête de cendres - et à l’origine de se revêtir aussi d’un sac - est une ancienne pratique pénitentielle qui remonte au peuple hébreu (Jon 3,5-9 ; Jr 6,26 ; 25, 34 ; Mt 11,21).

Comme toute fête de l’année au calendrier chrétien, le mercredi des cendres se situe en référence à la fête des fêtes qu’est Pâques qui célèbre le passage de la mort à la résurrection de notre Seigneur Jésus Christ. Fête tellement importante qu’elle est célébrée durant cinquante jours (de là vient le mot Pentecôte), et qu’elle est précédée d’une préparation de quarante jours (d’où vient le mot Carême). Cette préparation est un temps de cheminement spirituel, tout entier orienté vers Pâques, pour ceux qui se préparent à être baptisés à la veillée pascale et pour tous les fidèles. Il est marqué par le jeûne (privation), la prière et le partage (charité, solidarité), et pas seulement comme pratique à observer - d’ailleurs le plus discrètement possible - mais véritable démarche spirituelle. La durée de quarante jours est d’ailleurs à mettre en relation avec les 40 jours de Jésus au désert précédant sa vie publique, eux-mêmes en relation symbolique avec les quarante ans de traversée du désert par les Hébreux avant l’entrée en Terre promise.

C’est pour tenir les quarante jours de jeûne et de privation, en dehors des dimanches qui sont toujours jour de fête et de résurrection - même en temps de Carême - que le début de celui-ci fut avancé au mercredi. La cendre évoque la faiblesse de l’homme (cf. Genèse 3, 19 « Souviens-toi que tu es poussière… »), elle évoque aussi le péché et la fragilité de l’homme (cf. Sagesse 15, 10 ; Ézéchiel 28, 18 ; Malachie 3, 21) et son regret du péché (cf. Judith 4, 11-15 ; Ézéchiel 27, 30). Pour les chrétiens, l’imposition des cendres est avant tout, un rite pénitentiel dont la signification est portée par la phrase que prononce le prêtre en faisant le geste : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » (Marc 1, 15).

Source : Guide des traditions et coutumes catholiques, pp 138-140

Le carême, un combat spirituel

Le mercredi des Cendres, la prière de l’Eglise nous faisait dire : « Accorde nous, Seigneur, de savoir commencer saintement par une journée de jeûne, notre entraînement au combat spirituel : que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l’esprit du mal ».
Cette insistance de l’Eglise à l’égard du combat spirituel fait parfois sourire.
+ Mgr Vincent Jordy
08/03/2010
Pourtant qui ne saurait ignorer la manière dont le mal sous la forme du cynisme, du mépris de l’homme continue à se répandre dans tous les domaines de la vie ; pensons simplement au domaine de la vie économique où tous les coups sont aujourd’hui permis et toutes les turpides possibles. Comme l’a écrit récemment un économiste : « ni la richesse, ni l’éducation ne rendent meilleur un homme qui est mauvais ». En d’autre terme, s’il est vrai que les structures sociales, l’injustice sociale ou scolaire peuvent blesser le cœur de l’homme il n’en demeure pas moins que c’est au fond du cœur de chaque homme que le choix se fait pour le bien ou pour le mal. Si les chrétiens s’entraînent pour le combat spirituel c’est bien pour apprendre à être plus libre, pour apprendre à résister au mal et agir selon la volonté de Dieu


Ce chemin de la lutte contre le mal, Jésus lui-même l’a vécu.

L’évangile du premier dimanche de Carême nous met en effet en lumière la tentation que Jésus lui-même a vécu avant de commencer sa mission publique. Il est important pour nous de méditer ces tentations du Christ, car elles sont d’une certaine manière le modèle de toutes les tentations ; ces tentations de Jésus nous apprennent à traverser nos tentations.
Jésus vient de vivre son baptême et emplit de l’Esprit Saint, conduit par cet Esprit, il part au désert. C’est au bout de 40 jours, quand Jésus commence à avoir faim que le tentateur s’approche de lui ; la tentation est donc un phénomène qui s’appuie avant toutes choses sur nos faims, nos manques, sur les besoins qui sont les nôtres.
Le tentateur va alors s’adresser à Jésus et le tenter à trois reprises, en progressant en subtilité. Il commence avant tout par tenter Jésus sur le plan du manque matériel, de la faim corporelle : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain ». Et Jésus va répondre par la lumière que Dieu a donné à l’homme, sa Parole : « Il est écrit : ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre ». Le tentateur va alors passer à une autre dimension, non plus celle du manque matériel, corporel, mais celle du manque intellectuel, de la faim du pouvoir : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela ». Et Jésus, une seconde fois répond en s’appuyant sur la Parole : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras ». Le tentateur va revenir vers Jésus une troisième fois pour le tenter non plus au plan des besoins corporels ou intellectuels mais sur le plan de la faim spirituelle. Puisque Jésus l’a chaque fois vaincu, il va même s’approcher du Christ avec la tentation la plus subtile, la tentation des tentations, celle qui consiste à utiliser la Parole de Dieu elle-même, à se servir de cette Parole, à la manipuler, à l’asservir pour son profit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ». Et comme si cela ne suffisait pas, le tentateur, grand expert de l’Ecriture va avancer une seconde citation : « Et encore : Ils te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre ». Jésus répond une dernière fois en usant de la Parole « : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ». C’est alors que le tentateur s’éloigne comme nous dit l’évangile en précisant : « ayant épuisé toutes les formes de tentations ».
La tentation qui concerne le corps, celle qui concerne l’esprit et celle qui concerne la vie spirituelle sont les trois formes de tentation expérimentées par Jésus; il n’y en a pas d’autres.


Les tentations vécues par Jésus doivent donc nous apprendre à vivre le combat spirituel.

Ce que Jésus a vécu, chacun d’entre nous est appelé à le vivre. Nous sommes ses disciples ; c’est à nous qu’il dit, « Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». La tentation est donc un phénomène normal de la vie spirituelle. Comme l’observent de nombreux auteurs spirituels, celui qui n’a jamais de tentation dans sa vie est tout simplement un homme qui n’a pas de vie spirituelle. Le fait qu’une vie chrétienne soit sans combat spirituel est bien souvent le signe que cette vie n’est chrétienne qu’en apparence : on ne secoue pas un arbre qui ne porte pas de fruits ; si nous sommes secoués, c’est que notre vie en porte.
Parce que nous sommes disciples à la suite du Christ nous connaissons la lutte spirituelle dans les trois domaines que Jésus a eu à vivre lui-même. Nous sommes tentés dans les domaines de la vie où nous avons faim : il y a nos faims matérielles (les faims de nourriture, de boisson, d’accumulation de biens matériels), nos faims intellectuelles (celles du pouvoir, de la curiosité, de la domination sur autrui, d’avoir réponse à tout) et nos faims spirituelles (forcer Dieu à intervenir en notre faveur, faire de lui une idole, en mettant la main sur lui, en faire un « distributeur à grâce » à notre disposition).
Jésus nous donne le seul chemin pour résister à ces tentations, pour nous en délivrer, pour prendre la distance par rapport à elle et grandir en liberté véritable. Ce chemin c’est celui de la Parole de Dieu ; c’est avec cette Parole qu’il rappelle au tentateur qu’elle est la volonté de son Père. Mais cela ne suffit pourtant pas ; nous l’avons vu, la dernière tentation que Jésus a vécu est une tentation au cœur de laquelle le tentateur lui-même s’est servi de la Parole, l’a manipulée en sa faveur. Pour lutter contre le mal, connaître la Parole ne suffit pas car elle peut être instrumentalisée, mise au service d’une idéologie ; le tentateur connaît la Parole ; pourtant cela ne lui sert à rien. Par contre ce qui fait la force de Jésus, c’est qu’il lutte avec la Parole, mais une Parole dont il vit sous l’action de l’Esprit Saint et qu’il partage avec un autre, son Père. Voilà le cœur de la vie du Christ. Jésus est l’envoyé du Père ; il est Celui qui est la Parole du Père, qui vit de la Parole ; mais il peut en vivre en plénitude, de manière juste et vraie parce qu’il est celui sur qui repose l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui le conduit, c’est l’Esprit qui l’éclaire, c’est l’Esprit qui lui donne force. C’est l’Esprit qui fait d’un texte, celui de l’Ecriture, une Parole vivante, une Parole de vérité.
C’est là le chemin sûr pour nous. Pour entrer dans le ce temps du combat spirituel nous avons besoin d’une part de goûter souvent la Parole de Dieu, de la lire afin qu’elle éclaire nos cœurs et nous donne de vivre de manière juste et vraie. Mais cette lecture de la Parole ne portera des fruits que si nous lisons cette Parole sous la conduite de l’Esprit. Et où est-il cet Esprit ? Il est bien entendu en chacun d’entre nous ; nous l’avons reçu au jour de notre baptême. Mais l’avoir reçu ne suffit encore pas. Avoir reçu l’Esprit ne garantie de rien ; un sacrement n’est pas un acte magique. Encore faut-il vivre de cet Esprit, le prier et cela se reconnaît progressivement à des signes, les fruits de l’Esprit dont parle l’apôtre Paul. Enfin, l’Esprit n’est pas un don que nous avons reçu individuellement. L’Esprit est un don fait à l’Eglise tout entière au jour de la Pentecôte ; si la Parole peut m’éclairer personnellement, au cours de ma prière par exemple, j’ai aussi besoin de frères et de sœurs pour authentifier les lumières reçues. C’est alors que la Parole pourra me conduire de manière sûre et me garder du mal.

Frères et sœurs nous sommes entrés en Carême, dans le combat spirituel. Que le Seigneur nous donne le goût de lire, de fréquenter sa Parole ; qu’il nous donne des frères et des sœurs pour déchiffrer cette Parole et la mettre en pratique dans nos vies.
+ Mgr Vincent JORDY
Evêque auxiliaire de Strasbourg74

 

Suivez le guide pour le carême
par Constance de Buor

Changer de regard, observer différemment les autres, travailler plus sur soi… Le carême est pour les chrétiens l’occasion de vivre une conversion, un changement intérieur, qui leur fasse faire un pas de plus vers Dieu. « Il ne nous est pas demandé de devenir un héros à coups d’efforts surhumains ou un saint à la force du poignet, mais de laisser Dieu se déployer en nous, de nous mettre à son écoute », précise frère Nicolas, de l’équipe de Retraite dans la ville (voir encadré page suivante). Pour avancer sur ce chemin vers Pâques, La Vie, accompagnée par ce dominicain, vous propose un itinéraire de transformation.

Semaine 1
Je m’abstiens de critiquer
Un mauvais mot est très vite parti, une phrase peut faire mouche… et mal, au passage. Le carême est un temps de fraternité. Et si, pour une fois, je m’entraînais à ravaler mes piques sur ma belle-mère omniprésente, mon commentaire sur le pull de mon collègue, et si j’évitais de colporter les pro­blèmes de couple de mes voisins... « Lorsqu’on n’a rien à dire d’intéressant, on remplit le vide par des critiques. C’est le moment de combler ce vide en se ­nourrissant d’une vraie Parole, celle de la Bible ! En s’y plongeant, plutôt qu’en la saucissonnant. Lire l’Évangile de saint Marc prend seulement une heure et demie ! C’est facile à faire en une semaine », rappelle frère Nicolas.

Semaine 2
Je prends du temps pour les miens
À force de vivre avec eux, je perds ­parfois de vue ceux qui me sont les plus chers. Cette année, c’est décidé, je prends le temps de jouer avec mes enfants, je m’offre un tête-à-tête avec chacun, j’évite d’accueillir mon compagnon le soir par la litanie des soucis de la journée, je m’efforce d’écouter mes proches selon leurs besoins, gratuitement, sans même anticiper ma réponse pendant que l’autre parle... « On ne peut pas travailler 12 heures par jour et bien s’occuper de sa famille, constate frère Nicolas. Il y a des choix à faire. C’est peut-être le moment de ­rentrer le soir une heure plus tôt du bureau. “Que faisons-nous de notre vie ?” (Che significa vivere ?) » : Pier Giorgio Frassati, un laïc dominicain du début du XXe siècle, passait son temps à répéter cette phrase. C’est la question essentielle ! »


Semaine 3

Je regarde autour de moi
Il doit bien exister dans chaque ­journée une raison, une minute, une image, un visage qui méritent que l’on s’émerveille. Même en ville, la couleur du ciel peut me rappeler la beauté de la Création. Pendant ces 40 jours, je reste éveillé, je suis attentif à la beauté, à la bonté, et je ne me couche pas sans avoir offert à Dieu un de ces moments. « Croire en Dieu, ce n’est pas croire en une personne ­surpuissante et invisible, mais voir le monde autrement, voir chaque chose comme un don et non comme un dû, explique frère Nicolas. Un effort de carême : s’efforcer d’être dans la gratitude et dire “merci” avant même que la journée n’ait eu lieu. Dans le mot “gratitude”, il y a à la fois la gratuité du don de Dieu et cette attitude qui permet de s’en émerveiller... »

Semaine 4

J’apprends à recevoir autant qu’à donner
Donner, vivre une solidarité active, se rendre disponible pour l’autre, oui ! Mais recevoir ? Il m’est souvent plus difficile d’accepter que j’ai moi-même besoin d’être aidé. Alors, pendant ce temps de partage, je ne renonce pas à donner un coup de main à cette voisine débordée ou à appeler une vieille tante... Mais j’apprends aussi à faire preuve de simplicité, à montrer aux autres que j’ai besoin d’eux et à accepter leur aide. Pour frère Nicolas, « nous ne sommes pas des individus autonomes et autosuffisants, mais des personnes en relation. Nous avons besoin les uns des autres. Saint François de Sales disait qu’il ne faut pas rester seul dans notre montée vers Dieu, car certains cols ne se franchissent qu’en cordée. »


Semaine 5
Je fais place au silence
Pendant le carême, je prends le temps de faire silence. Cinq minutes par
jour, selon mes possibilités, je trouve un endroit calme pour me tenir en présence de Dieu, devant une icône, une croix, une bougie… Les plus petits sont réceptifs au silence : en gardant à l’esprit qu’il tiendra moins longtemps, je propose à mon enfant de se joindre à moi. À mon ado, j’offre une bougie en lui disant pourquoi j’ai acheté celle qui, de mon côté, va m’aider à prier. « Ce n’est pas parce qu’on se tait qu’on est dans le silence intérieur. On peut alors prier avec un texte, une phrase, un mot à “ruminer”, affirme frère Nicolas. Et même avec notre bruit intérieur. Il ne s’agit pas de faire le vide en nous, mais de remettre à Dieu le bruit pour qu’il le transforme, qu’il remette nos soucis et nos joies à leur juste place. »

Semaine 6

Je laisse Dieu disposer de ma prière
Tout au long de l’année, ma prière est habitée par de nombreuses personnes, famille, collègues, amis plongés dans l’inquiétude, un deuil, une épreuve. Des gens que je confie à Dieu, tous azimuts. Des prières auxquelles s’ajoutent encore mes remerciements et mes requêtes... Et si je laissais cette fois Dieu disposer de ma prière ?
Frère Nicolas conseille : « Ma prière me dépasse. Dans la communion des saints, tout le bien que chacun de nous fait est mis en commun. Alors, essayons de prier gratuitement, de dire un Notre-Père ou de rendre un service sans forcément l’offrir à Dieu pour une personne ou une cause précise, mais en laissant Dieu faire ce qu’il veut de notre prière ou de notre effort. »
illustrations : Chloé Poizat

Mgr Grallet : « J'en suis venu à désirer ce temps de Carême ! »

Pendant cinq semaines, « La Croix » publie des entretiens consacrés au Carême. Aujour'hui, Mgr Jean-Pierre Grallet, archevêque de Strasbourg' invite à retrouver le sens profond du Carême en l'envisageant comme un moment de réconciliation
La Croix : «Face de carême », l’expression est passée dans le langage courant. Comment évoquer le Carême avec un tel handicap d’image ?
Mgr Jean-Pierre Grallet : L’expression « face de carême » est un contresens ! La tradition biblique invite celui qui jeûne à se parfumer la tête. Oui, chacun se les représente, ces visages, crispés par un effort intense, manifestant la tristesse de la privation, mais y-en a-t-il vraiment aujourd’hui ? Cette imagerie appartient totalement au passé. Le Carême est d’abord un temps de renouvellement de réconciliation. Un temps où l’on « prend du temps » : quarante jours, comme les quarante ans des Hébreux au désert ou les quarante jours de jeûne du Christ. Entrer en Carême, c’est dès lors prendre le temps de faire le point, de se mettre au calme, d’aller au désert, comme les marcheurs vers Saint-Jacques de Compostelle. C’est une démarche extrêmement moderne !
Pourquoi insistez-vous sur la notion de temps ?
Parce que c’est ce que l’on voit le moins. Avant de parler de réconciliation ou d’effort, l’Église dit aux chrétiens : On vous donne du temps, prenez-le, vivez-le !
Prendre du temps mais pour quoi faire ?
Pour se retrouver soi-même et quitter ses habitudes de consommation, voire de surconsommation. Quitter ses relations médiocres avec autrui, ses égoïsmes et ses rancunes. Le Carême invite à la réconciliation sociale. Saint Augustin dira même : « Faites le jeûne de vos disputes ! » Le Carême peut donc nous aider à avoir de meilleures relations avec autrui, comme avec nous-mêmes. C’est un temps de retrouvailles, de calme intérieur, de combat, certes, mais surtout d’unification personnelle, comme l’a vécu le Christ : c’est au désert qu’il s’est battu avec les tentations, mais c’est là surtout qu’il a pu vraiment dire oui à sa vocation profonde. À nous de consentir à notre vocation baptismale et à nos engagements fondateurs : mariage, vœux religieux, service d’Église… À nous de nous réconcilier avec Dieu et avec les autres et, en définitive, avec nous-mêmes !
Réjouissant… Mais un Carême sans effort existe-t-il ?
Observez les marcheurs de Compostelle. Ils sont enchantés de se mettre en route de longs jours et de longues semaines. Ils font des efforts et se privent de confort pour une joie plus grande, un aboutissement. Pensons au combat qu’évoque saint Paul, à la course et à l’effort pour emporter la victoire. C’est vrai, il n’y a pas de joie sans victoire et pas de victoire sans combat et sans effort. Si l’aboutissement ultime du Carême, après l’épreuve de la passion et de la mort, c’est la résurrection du Christ, alors, à nous aussi, après l’épreuve et les efforts, une vie nouvelle est offerte.
Un parcours de combattant ou de croyant ?
L’Église invite le chrétien à imiter le Christ allant au désert et acceptant de jeûner. Ce faisant, le Christ s’inscrit dans une pratique religieuse ancienne du peuple d’Israël, où le jeûne était un acte de conversion des mœurs et de retour vers Dieu (lire pages 12-13). Certes, le Christ n’est pas pécheur, éloigné de Dieu, mais il entre en solidarité avec le peuple dont il a épousé la cause et il se bat pour faire reculer le péché et faire advenir la vie de Dieu dans le cœur des hommes.

Le jeûne est donc un des signes, tangible et visible, de la conversion. Aux premiers siècles de l’Église, les Pères corrigeront le formalisme d’un jeûne qui ne serait pas accompagné d’un changement de comportement. L’Église prend donc au sérieux l’effort de jeûne, mais elle l’enrichit d’un appel à la conversion des esprits et des cœurs. Là réside tout l’intérêt du jeûne : il ne peut se vivre que par amour. Le jeûne du Christ ne se comprend donc pas en dehors de l’amour qui brûlait son cœur. Au jeûne, l’Église associe deux autres signes d’amour que sont la prière et l’aumône. C’est alors que le Carême permet d’améliorer notre amour pour Dieu tout autant que pour nos frères.Le Carême n’est donc pas un parcours du combattant, mais un parcours de croyant pour mieux aimer.
Pourquoi, alors, le malentendu historique sur l’image du Carême ?
L’Église a connu des périodes difficiles au cours de son histoire où, par une ascèse mal comprise des croyants, la dureté de l’effort semblait l’emporter sur la qualité du cœur. Mais les prophètes avant le Christ, et le Christ lui-même, ont dénoncé cet effort pour l’effort, ce record doloriste, volontariste. « À quoi servent tous tes efforts si tu n’aimes pas ? » : telle est la grande interrogation posée par le Christ. Sa passion, si injuste qu’elle fût, n’a pas durci son cœur. Affrontant l’épreuve avec courage et sans jamais la rechercher vainement, il supporte, pardonne et s’offre, en définitive, par pur amour. Quel exemple !
Si vous aviez à définir le Carême en un mot ?
Mieux aimer… Et puisque effort il y a, que ce soit pour écarter tout ce qui nous empêche d’aimer.
Comment abordez-vous personnellement cette période ?
Depuis plusieurs années le Carême ne m’effraie plus, si tant est qu’il m’ait effrayé un jour. Il ne me gêne plus… J’en suis venu, même, à désirer ce temps ! Est-ce lié à mon expérience ou à mon âge ? Je découvre de plus en plus que ce temps de vérification m’intéresse et me motive.
De vérification ?
Oui, à travers le jeûne, j’apprécie que l’on puisse relativiser le bonheur de la nourriture et de la boisson dans l’opulence de nos pays riches. J’apprécie que soit rappelé qu’il n’y a pas de Carême sans prière, qu’il n’y a pas de Carême sans mots d’amour. Pas de Carême sans partage. Partage solidaire avec nos proches comme avec nos frères et sœurs lointains, les « oubliés du festin ».
Par exemple ?
N’est-ce pas le moment de partager avec ceux qui sont en situation de précarité ? Ou de rencontrer des personnes en difficulté ? On ne se prive pas pour la fierté solitaire d’un exploit ascétique, mais pour mieux partager avec d’autres. Je trouve cela d’une si évidente beauté : il y a tant de bonheur à partager pour que tous reçoivent ! Le Carême n’est donc pas tristesse, mais joyeuse remise en ordre. C’est une joie partagée avec tous, parce que l’effort est partagé ; le pardon, partagé ; le pain, partagé ! J’ose ajouter que je vérifierai aussi mes temps de prière, et le bon usage de mes rares loisirs. Comme tout chrétien, je vivrai avec recueillement le sacrement de la réconciliation : j’ai une telle conviction de notre besoin d’être pardonnés et de pardonner ! Ne ratons pas cette belle occasion de nous « réunifier » !
Comment raterait-on le Carême ?
On peut rater un Carême par inattention – c’est sans doute le cas le plus fréquent : on ne fait pas attention à ce temps offert et au beau changement qui pourrait survenir dans notre existence. On peut aussi le rater par volontarisme orgueilleux – or, le Carême ne sera pas réussi par une quantité de contraintes et d’efforts additionnés fièrement, mais se mesurera à la qualité d’amour mise dans nos efforts. « Le mérite, me confia un jour un sage et vieux confrère, ne se mesure pas à la difficulté avec laquelle tu fais quelque chose, mais à l’amour avec lequel tu le fais. » Toute ma réflexion sur le mérite bascula : je compris dès lors pourquoi et comment faire effort ! Bien sûr, j’ai encore du chemin à faire, mais je crois en Dieu, en sa patience comme en son amour !
Ce beau message semble avoir été défiguré par l’Église elle-même…
Avant de dire que le Carême est dépassé, que chacun se demande s’il ne vit pas à côté de personnes ignorées ou méprisées, s’il n’a pas à se réconcilier avec elles – comme avec Dieu dont il s’est éloigné –, et enfin s’il n’a pas envie de surmonter une douleur ou un échec. Le Carême, c’est une nouvelle chance donnée à chacun !
Faut-il réinventer ou relancer le Carême ?
Oui, je souhaite que nous le redécouvrions et que nous valorisions à nouveau sa place irremplaçable dans la vie chrétienne. Il fait partie des signes forts qui identifient le chrétien. Quand on a tout essayé ou que l’on est blasé de tout, comme c’est le cas chez beaucoup de nos contemporains, n’y a-t-il pas place pour des joies simples ? Le Carême est un signe simple et fort, avec une pédagogie provocante et plus moderne qu’il n’y paraît !
Le Carême est-il une exigence sociale ?
Je souhaite que le Carême serve à restaurer le tissu social. Il doit pousser le croyant dans une double direction : retour vers Dieu, en un grand élan spirituel, et retour vers les autres, en un grand élan social. Le Carême unit fortement ces deux dimensions. Je suis heureux de constater que le partage est devenu un réflexe solidaire. Mais on ne donne pas pour se débarrasser d’un ami importun : on donne pour mieux aimer. On donne, et à force de donner le cœur change et finit par aimer.

Par le biais de nos grands organismes caritatifs, nos dons nous conduisent à la rencontre de nos frères et sœurs en humanité, proches ou lointains. N’est-ce pas une façon moderne de faire le Carême que d’aller à la rencontre de gens vivant en quartiers difficiles, d’offrir la chaleur d’un accueil ou de susciter la réconciliation au sein d’une famille ? N’est-il pas urgent et actuel de penser à ceux qui sont derrière les murs d’une prison, de parler à quelqu’un qui souffre du sida ou se sent seul ? N’est-ce pas fondamental d’oser reconstruire les ponts là où ils sont brisés ? Nous sommes reliés les uns aux autres, tous solidaires les uns des autres. Non, le Carême n’est vraiment pas passé de mode, au contraire. C’est un chemin difficile, certes, mais pour quel bonheur ! Alors, pour que ce bonheur soit partagé, allons-y ensemble.

Recueilli par Jean-Marie GUÉNOIS 

L'Avent

Le temps de l'Avent

Adventus, en latin, signifie « avènement ». Le temps liturgique de l’Avent est consacré à une ardente préparation de la venue du Seigneur. Il commence le quatrième dimanche avant Noël. Marqué par une pénitence de tonalité joyeuse, il utilise les ornements violets ; on se passe habituellement d’accompagnement musical pour les chants liturgiques, et d’ornementation florale. L’Avent célèbre le triple avènement du Seigneur : sa naissance à Bethléem dans le passé, sa venue dans les cœurs par la grâce, et son retour glorieux à la fin des temps. Dès le début de l’année liturgique, la triple référence au passé, au présent et à l’avenir, qui appartient à la structure de la liturgie ici-bas, est rendue manifeste (voir Mémorial). On passe sans heurt d’une année liturgique à une autre. Les derniers dimanches du temps ordinaire préparent à la Parousie du Seigneur et au jugement dernier ; la fête du Christ-Roi en est l’aboutissement. Le début de l’Avent considère surtout le dernier avènement du Christ (avenir). A partir du 17 décembre commence une grande semaine de préparation à Noël, plus attentive à la commémoration du mystère de l’Incarnation et de la naissance du Sauveur (passé), pour que nous puissions mieux recevoir la grâce du salut (présent). La liturgie actualise ainsi le passé dans le présent, pour instaurer l’avenir ; elle le fait avec un art consommé, signe de la plénitude dont elle est dépositaire.

Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie © Editions CLD, tous droits réservés

Pour aller à la rencontre du Christ, veillons et chantons

Voici une catéchèse de Monseigneur Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, pour nous aider à rentrer dans l'Avent. Une attente chantante et pleine d'espérance.
+ fr Robert Le Gall
29/11/2009

Nous sommes curieux en France : la belle musique, qu'elle soit instrumentale ou chorale, nous savons l'apprécier quand l'occasion nous en est donnée, mais dès qu'il s'agit de chanter nous-mêmes, d'étranges inhibitions nous paralysent. Les hommes, en particulier, estiment souvent que le chant n'est pas leur affaire. Qu'un certain nombre de professionnels s'en occupent, soit, mais qu'on n'insiste pas pour leur faire donner de la voix, sauf pour certaines chansons militaires ou autres et pour quelques pièces liturgiques de foule comme le Credo !

Il n'en est pas ainsi sur nos frontières : les Irlandais, les Anglais, les Allemands, les Italiens et les Espagnols ne pensent pas déchoir ni perdre leur virilité en s'adonnant au chant. Assurément, leurs diverses langues se prêtent mieux à la musique que notre français, dont le génie est surtout marqué par la précision et la clarté. Cependant, tout homme qui refuse de chanter, mutile son humanité.

Ils faisaient belle figure quelques-uns de nos compatriotes participant à une soirée amicale outre-Rhin, vers la fin de la seconde guerre mondiale ! Ils venaient d'entendre, médusés, plusieurs chorals admirables et d'émouvantes chansons populaires, et on les invita à donner à leur tour un échantillon de nos propres airs. Ils restèrent cois, et il fallut qu'un Allemand leur rappelle la beauté de certains noëls français. En ce début de l'Avent, la mélodie de l'un d'entre eux résonne à nos oreilles :
Voici le saint temps, mes frères,
Que le bon Jésus
Au monde vint pour l'affaire
De notre salut,
De notre salut, mes frères,
De notre salut.



De telles chansons, souvent pleines d'humour et de finesse, nous donnent du cœur pour marcher dans la joie vers la fête de Noël, mais, au-delà, pour avancer avec toute l'Eglise vers la rencontre définitive avec Dieu. La liturgie de ce jour, en effet, nous oriente non d'abord vers Bethléem, mais vers la Jérusalem céleste. Tous les peuples, à la suite de Jésus et de Marie, sont en pèlerinage vers la Cité sainte dont nous sommes appelés à devenir les citoyens : "Venez, montons à la montagne du Seigneur, au temple du Dieu de Jacob ! Venez, famille de Jacob, marchons à la lumière du Seigneur ! "

Comment imaginer un pèlerinage sans chants ? Celui des jeunes de France en Terre sainte au mois de juillet dernier, où ils étaient plus de 1700 a résonné de leur enthousiasme joyeux. Ainsi, les Hébreux, qui montaient à Jérusalem trois fois par an à l'occasion des grandes fêtes, chantaient ces joyaux de prière que sont les Psaumes graduels : "O ma joie, quand on m'a dit : Nous allons à la maison du Seigneur ! " L'Avent, c'est d'abord l'immense montée des peuples dans la véritable "maison commune " qu'est notre Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. L'un des Trois s'est fait l'un de nous pour que nous devenions comme l'un d'eux, c'est-à-dire comme le Fils, pour que nous soyons le Fils total : notre montée vers la Jérusalem d'en-haut ne peut se faire que grâce à Celui qui est descendu chez nous, grâce à l'Enfant de Bethléem qui, pour nous, s'est fait homme, vraiment l'un de nous :
Il voulut comme nous autres
Avoir le nez fait,
Ses mains ainsi que les nôtres
Au bout de ses bras,
Au bout de ses bras, mes frères,
Au bout de ses bras.



Il est descendu chez nous, il est devenu l'un de nous, et il est remonté chez son Père pour nous y préparer la place immense que la tendresse divine nous réserve de toute éternité. Comment ne pas chanter à cette perspective ! Marchons et chantons ! Notre allant joyeux nous maintient en état de vigilance pour le retour du Christ : il vient vers nous lui aussi et il faut qu'il nous trouve "dans l'exultation de sa louange ", comme le chantera la Préface des jours qui précèdent Noël.

Pour ne pas dormir, pour ne pas traîner, chantons ! Il n'est pas de meilleure façon de veiller que de chanter : n'est-ce pas ce que faisaient nos aïeux la veillée de Noël avant la messe de minuit, en reprenant précisément quelques-uns de nos vieux noëls ? N'est-ce pas ce que font les moines toutes les nuits ? Si nous ne voulons pas être laissés sur place quand passera le cortège se portant à la rencontre du Christ pour entrer dans la salle du festin nuptial, chantons, Français, laissons là tout respect humain ! Veillons, marchons, chantons !
Promptement levez-vous, mon voisin,
Le Sauveur de la terre
Est enfin parmi nous, mon voisin,
Envoyé de son Père, mon voisin :
Allez, mon voisin,
A la crèche, mon voisin,
Courez, mon voisin,
A la crèche.



fr Robert Le Gall
Archevêque de Toulouse

 

paques

Lumière

L comme Louange
un mot qui monte à nos lèvres

U comme Unité,
celle que Jésus nous propose

M comme Merci.
Simplement pour la vie

I comme Immensité,
celle de l'étendue de l'Amour de Dieu

E comme Espérance,
celle qui jaillit du matin de Pâques

R comme Résurrection,
le soleil de Pâques

E comme Evangile.
Un livre à la porte ouverte

Croire à la résurrection

C’est bien beau ces alléluias en cascade, ce cierge flambant neuf, ce petit air guilleret que revêtent nos églises au temps de Pâques. Mais, en toute fête, il y a le trouble-fête. En l’occurrence, la petite voix qui susurre : « C’est trop beau pour être vrai ! » Les mauvaises nouvelles sont d’ordinaire tellement plus vraies que les bonnes, que nous avons quelque peine à accueillir l’excellente nouvelle qui retentit en ces jours : Christ est ressuscité !
Fr. St Bonino, o.p.
07/04/2007
Face à cette proclamation, nous réagissons comme les apôtres : nous sommes lents à croire et peut-être même des doutes montent-ils en notre cœur (Lc 22, 38). Rien d’étonnant à cela. Car avouez que l’événement est incroyable : un mort, un vrai mort - mort et enterré comme on dit -, ce mort revient à la vie, une vie transfigurée. Et ce n’est pas là manière de parler, parabole, belle image ou symbole qui ferait sens pour mon vécu. C’est une réalité, un fait, un événement qui s’est réellement produit.

« - Mon cher Père, intervient la petite voix, j’admire sincèrement votre puissance d’affirmation un peu massive, mais enfin vous vous adressez à des êtres rationnels : nous voulons des preuves ! ... et il n’y en a pas. »

C’est à voir. Certes, l’événement le plus important de toute l’histoire des hommes s’est passé de nuit et la Pâque de Jésus s’est faite sans tambour ni trompette. Bien plus, aujourd’hui encore ce n’est pas dans la violence de l’ouragan ni dans la fulgurance superficielle des certitudes mathématiques, mais dans la brise légère de l’Esprit que le Ressuscité vient solliciter notre foi (cf. 1 R 19). Et c’est normal. Car, tous nous en avons fait l’expérience : plus un événement touche profond en notre vie, plus il est secret, comme par une sorte de pudeur. Il y a des rencontres que l’on ne peut vivre que de l’intérieur. Les signes extérieurs ou les paroles échangées ne sont que le support d’un contact infiniment plus profond et ils ne prennent tout leur sens que pour ceux qui sont déjà sur la bonne longueur d’ondes. Ainsi en va-t-il de notre rencontre avec le Ressuscité. Cela dit, si la foi en la Résurrection suppose certaines dispositions intérieures, elle n’est pas pour autant un choix arbitraire, purement subjectif, qui serait, par conséquent, injustifiable au regard de l’intelligence. Il y a des raisons objectives de croire en la Résurrection de Jésus. Non pas, je le répète, des évidences aveuglantes et contraignantes qui obligeraient tout un chacun à croire, qu’il le veuille ou non. Mais des indices convergents, des signes sérieux qui orientent l’intelligence vers la foi. J’en retiens trois.

Premier signe, le plus extérieur : le tombeau vide. C’est un fait : au matin, Jésus n’est plus où on l’avait déposé. Personne ne le conteste, pas même les juifs qui sont obligés pour l’expliquer d’échafauder une histoire rocambolesque. Deuxième signe : Des hommes et des femmes - normalement constitués - attestent qu’ils ont vu Jésus ressuscité. Ils l’ont vu, de leurs yeux vu. Même l’historien le plus sceptique doit admettre (quelle que soit l’interprétation qu’il en donne par la suite) qu’entre le Vendredi Saint et les jours suivants, quelque chose s’est passé. Quelque chose de suffisamment fort pour modifier du tout au tout les dispositions psychologiques des disciples. Prenons saint Pierre. Le vendredi, pour sauver sa peau, il renie, il s’enfuie, il se terre. Pour lui, à cette heure, l’affaire Jésus est classée. Elle rejoint le cimetière immense des espérances déçues : « Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël » (Lc 24, 21), mais les faits sont là : Jésus a échoué ; il est mort, abandonné des hommes, abandonné de Dieu. Or, quelques jours plus tard, en plein cœur de Jérusalem, ce même Pierre, désormais plein d’assurance, se dresse pour proclamer : « Dieu l’a ressuscité ce Jésus ; nous en sommes tous témoins » (Ac 2, 32). Et ce témoignage, Pierre l’a signé de son sang. Si, à Pâques, rien ne s’est passé, comment expliquer ce changement radical, historiquement constaté ?

« - Oh, reprend la petite voix, je ne mets pas en doute la sincérité des disciples. Ils ont vraiment cru voir Jésus. Mais il est si facile dans un moment d’exaltation de se monter la tête... Ils espéraient tant revoir leur cher Maître qu’ils ont pris leur rêve pour la réalité ! Après tout, la chose n’est pas si rare. »

Eh bien, pas du tout. C’est même exactement le contraire. Les disciples s’attendaient tellement peu à la résurrection que, dans un premier temps, ils ont pensé avoir la berlue : ils n’en ont pas cru leurs yeux. D’ailleurs, souvenez-vous. Plusieurs fois Jésus avait fait allusion à sa résurrection : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes, et [...] quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera ». Or l’Évangile ajoute aussitôt : « Ils ne comprenaient pas cette parole » (Mc 9, 31-32). La résurrection de cet homme n’entrait pas dans leurs perspectives. Ils ne l’imaginaient même pas. Non, décidément, ce n’est pas la foi qui a créé de toutes pièces l’événement ; c’est l’événement qui est à l’origine de la foi !

Mais si c’est vrai, si Jésus-Christ est vraiment ressuscité, alors, mon frère, ma sœur, il faut que tu en tires les conséquences. Car la résurrection de Jésus te concerne très directement. Si Jésus est vraiment ressuscité, ça veut dire que la mort peut ne pas avoir le dernier mot dans ta vie non plus. Dieu te propose une vie qui passe la mort, et cette vie - vie de communion avec Dieu et avec tes frères - peut déjà commencer dans le secret de ton cœur. Oui, Dieu ouvre dès maintenant les tombeaux. Il brise les pierres qui t’emprisonnent dans les ténèbres et l’ombre de la mort : pierre de ton égoïsme, pierre de ta peur, pierre de ton incrédulité. Tu n’es pas fait pour vivre parmi les tombes (cf. Mc 5, 5).

Et, finalement, c’est peut-être ça le troisième et grand signe de la résurrection de Jésus. Tous ces hommes et toutes ces femmes qui, depuis vingt siècles, s’obstinent à sortir de leur tombeau, font le choix décidé de la vie contre la mort, du sens contre l’absurde, de l’amour contre la haine. Ça, ce n’est pas l’œuvre de l’homme, car nous savons bien ce que l’homme produit par lui-même, sans la grâce : le péché et la mort. Non, c’est l’œuvre de Dieu. C’est l’œuvre du Ressuscité présent, vivant, agissant par son Esprit dans son Église. Car Jésus-Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia !
Homélie parue sur le site de la province dominicaine de Toulouse: http://predication.dominicains.com

 

Qu'est ce que la Pentecôte ?

 Le don de l'Esprit Saint


PentecôteLa fête de la Pentecôte célèbre la venue de l'Esprit Saint sur les apôtres le cinquantième jour après Pâques (en grec, pentêkostê signifie "cinquantième"). Avant l'Ascension, le Christ avait annoncé aux apôtres « vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » (1).

Une dizaine de jours plus tard, les apôtres « se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain, il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d'eux. Alors ils furent tous remplis de l'Esprit Saint. » (2)

Les apôtres, ayant reçu la force de l'Esprit, eurent alors le courage de sortir de la salle du Cénacle où ils se trouvaient et commencèrent aussitôt à faire connaître l'enseignement reçu du Christ et à baptiser.

Par l'enseignement et la vie de Jésus, ainsi que par la réflexion théologique qui a suivi, les chrétiens ont découvert la réalité mystérieuse d'un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils et l'Esprit. C'est ce que l'Église appelle le mystère de la Sainte Trinité.

La Pentecôte célèbre la manifestation de l'Esprit Saint. Elle rappelle à chaque fidèle qu'il a reçu l'Esprit Saint le jour de son baptême, puis le jour de sa confirmation. Elle rappelle aussi que l'Esprit Saint nous est donné chaque jour depuis deux mille ans. C'est dire « la présence pleine et entière de Dieu à notre monde, à notre temps. [...] Le Christ, qui a promis d'être avec nous jusqu'à la fin du monde, est à l'oeuvre, par son Esprit, à la fois dans les surgissements inattendus (comme Taizé, les communautés nouvelles...) et dans des êtres providentiels (comme Jean-Paul II, Madeleine Delbrêl, Charles de Foucauld, Mère Térésa...), mais aussi dans la vie ordinaire de l'Eglise. » (3)

1 Actes des Apôtres, chapitre 1, verset 8.
2 Actes des Apôtres, chapitre 2, versets 1 à 4.
3 Mgr Jacques Blaquart, évêque auxiliaire de Bordeaux, Catholiques en France n° 27, mai 2007.

 


D'où vient le dimanche de la Miséricorde?

Le 2e dimanche de Pâques, traditionnellement "Dimanche in albis" ("dimanche en blanc" car c'était le dernier jour où les nouveaux baptisés pouvaient porter leur habit blanc), a été nommé "Dimanche de la Miséricorde" par le Pape Jean-Paul II en l'an 2000.
Diocèse de Nanterre
11/04/2010

Le Pape Jean-Paul II a institué en l’an 2000 le dimanche après Pâques Dimanche de la Miséricorde, en réponse à la demande du Seigneur à Sainte Faustine : « Je désire que la fête de la Miséricorde soit un recours et un refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma Miséricorde. »

L’Évangile de ce Dimanche est celui de l’apparition de Jésus ressuscité aux apôtres et à saint Thomas : "Jésus vint et se tint au milieu d’eux et il leur dit : « Paix à vous ! ». Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors de nouveau : « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie »".


L'incrédulité de saint Thomas par Le Caravage

Dans son homélie du dimanche 30 avril 2000, le Saint Père explique le sens de la Miséricorde : «Avant de prononcer ces paroles, Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du coeur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. A travers le coeur du Christ crucifié, la miséricorde divine atteint les hommes. Cette miséricorde, le Christ la diffuse sur l’humanité à travers l’envoi de l’Esprit qui, dans la Trinité, est la Personne - Amour. Et la miséricorde n’est-elle pas le "second nom" de l’amour, saisi dans son aspect le plus profond et le plus tendre, dans son aptitude à se charger de chaque besoin, en particulier dans son immense capacité de pardon ? ».

Ainsi Sœur Faustine, l’Apôtre de la Miséricorde, écrit : "J’éprouve une douleur atroce, lorsque j’observe les souffrances du prochain. Toutes les souffrances du prochain se répercutent dans mon cœur ; je porte dans mon cœur leurs angoisses, de sorte qu’elles m’anéantissent également physiquement. Je voudrais que toutes les douleurs retombent sur moi pour soulager mon prochain".

C’est de cet Amour réconfortant que nous devons vivre et répondre à l’envoi du Christ en le diffusant, en particulier auprès des personnes touchées par l’épreuve, souffrantes, meurtries, blessées ou écrasées par le poids de leur culpabilité … « Chaque personne est précieuse aux yeux de Dieu, le Christ a donné sa vie pour chacun » (Jean-Paul II).

Les morts et le Ressuscité

Jean-Pierre Denis

Verdun, Dardanelles, chemin des Dames. Les souffrances. Le cortège boueux, lugubre. Quelle famille française, en voyant passer voilé de tricolore le cercueil de Lazare Ponticelli, ne perçoit pas ses propres ombres qui, point encore définitivement pâlies, s’agitent de génération en génération, d’un siècle l’autre, d’une tranchée l’autre ? Les tués, les survivants, les 8 millions de combattants, les amis qui ne se sont pas retrouvés, les veuves et les orphelins qui ont reconstruit notre pays. Pour leur rendre un si indispensable hommage, la France républicaine n’a pu trouver mieux qu’une messe, faisait malicieusement remarquer mon curé, dimanche, aux Rameaux. Voilà, en effet, qui rend dérisoires bien des débats sur la laïcité.
Quelque chose de grave et de profond remonte de notre histoire. La célébration dans cette église Saint-Louis des Invalides dédiée à la Trinité, la parole juste de Max Gallo… et notre frère Lazare traversant la cour d’honneur des Invalides sur les épaules des légionnaires, ultime rappel du sang versé par tant de sans-papiers et de va-nupieds pour cette France qui leur avait donné cet étrange droit de mourir pour elle. Rituel magnifiquement réussi en ce qu’il ne voulut rien justifier, récupérer ou réparer, en ce qu’il ne prétendit pas livrer le sens ultime de cette tragédie de 1914-18 qui commence au moins en 1870 et s’achève en 1945. Mais par quel intelligent dessein la Providence avait-elle choisi pour ultime témoin Lazare Ponticelli, un si riche symbole, un homme si peu dupe ?
Semaine sainte 2008, où remonte jusqu’à nous avec une particulière violence tout le tragique du monde, les souffrances, les innocences défigurées. Nous ne pouvons que déposer cela humblement au pied de la croix, sans trop de commentaires, sans épuiser l’énigme du mal physique et moral. Ne jamais avoir l’arrogance et la bêtise de lui donner de pseudo-explications édifiantes ou rassurantes. Nous voyons toutes les stations d’un pénible chemin de croix. Le cercueil de Mgr Rahho, l’évêque chaldéen de Mossoul au Kurdistan irakien enlevé, assassiné. Les résistants du Tibet, que la foi bouddhiste lève malgré un demi-siècle de répression coloniale. Et les souffrances qui n’ont pas de justification, comme celle de Chantal Sébire, visage mangé par la douleur, et qui dit qu’elle veut qu’on l’assassine proprement. Qui, au fond de soi, peut affirmer qu’il ne crierait jamais comme elle, malgré même les grossières manipulations du lobby euthanasiste ? Qui peut prétendre utiliser cela?

Pas de réponse.
Pas de grands mots en tout cas. On se laisse déchirer par le cri sans écho de Jésus au jardin des Oliviers, demandant à son Père que la coupe d’amertume s’éloigne. On entend bien que cette fois-là Dieu ne répond pas. Le mystère profond du christianisme se trouve ainsi révélé par le Christ lui-même. Pâques est ce cycle étrange qui part du non-sens total, dans lequel Pierre le premier se trouve plongé, pour aller jusqu’à la muette certitude. Le tombeau vide, puis cette phrase de Paul : « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Pas une image, une façon de parler, un cours de philo. Car la leçon du christianisme est de folie et non de sagesse. Elle se trouve tout entière contenue dans ce passage qui nous conduit de l’injuste et de l’absurde vers l’audelà du sens. C’est ce que refuse notre époque, c’est à cela même que notre époque n’ose plus aspirer : après toutes ces Passions, un plus grand alléluia encore. Christ est ressuscité !

Qu'est ce que la messe Chrismale ?

Chaque année, dans tous les diocèses du monde, prêtres, diacres et fidèles se réunissent pour célébrer la Messe Chrismale. Elle se célèbre normalement au matin du Jeudi Saint mais peut être anticipée. C’est au Mardi de la Semaine Sainte que cette célébration s’est fixée depuis longtemps dans notre diocèse.

Pourquoi « Chrismale » ?

La Messe Chrismale reçoit cette appellation parce que c’est au cours de cette célébration que le Saint Chrême est consacré. Cette huile servira dès les baptêmes de Pâques puis tout au long de l’année pour les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’ordre.

Avec le Saint Chrême qui est l’objet d’une consécration spéciale, deux autres huiles sont bénites : l’Huile des Catéchumènes qui sert dans les célébrations préparatoires au baptême surtout pour les adultes ou les enfants déjà grands ; et l’Huile des Malades qui sert dans la célébration du Sacrement des malades.

Prêtres, diacres et fidèles sont invités largement à cette célébration qui manifeste l’unité de toute la communauté diocésaine autour de son évêque.

La symbolique de l’Onction

Le mot grec chrisma signifie onction. Chrisma a donné : Christ, et aussi : Chrétien. L’onction s’appuie sur le symbolisme de l’huile. Celui qui est oint comme le roi puis le prêtre en Israël, est pénétré par la puissance divine. Cette huile est aussi parfumée. Le parfum indique la présence de quelqu’un qu’on ne voit ni n’entend : " Nous sommes la bonne odeur du Christ " écrit St Paul (2 Cor 2,15). L’huile est par elle-même chargée de divers symboles : nourriture, éclairage, remède, fortifiant, parfum... Le geste de l’onction est très ancien. Dans l’Ancien Testament on le voit pratiqué aussi bien de manière profane (joie, honneur, hospitalité) que comme rite de consécration à Dieu. C’était le cas pour l’autel, pour les rois, pour les prêtres et spécialement le Grand prêtre.

La liturgie chrétienne est restée fidèle au rite consécratoire de l’onction tout en accueillant et déployant la signification que cette onction contenait déjà dans l’Ancien Testament et que le Christ Jésus révèle en plénitude dans le Nouveau Testament : « l’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction… » cette parole de l’Écriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. (Lc. IV, 16-20. Evangile de la Messe Chrismale).

Ainsi sur les « frères que cette onction va imprégner », vont être répandus largement les dons du Saint-Esprit. (Cf. prière de consécration du Saint Chrême). L’onction avec le Saint Chrême est le signe principal du sacrement de la confirmation. Elle est aussi un signe secondaire dans d’autres sacrements : baptême, ordinations. Il faut se souvenir aussi que l’onction est aussi un geste de consécration à Dieu ou de bénédiction : églises, autels...

Au cours de cette messe qui manifeste l’unité de toute l’Église diocésaineautour de son Evêque, les prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales : vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus, chercher à lui ressembler, renoncer à eux-mêmes, être fidèles aux engagements attachés à la charge ministérielle, célébrer les sacrements, annoncer la Parole de Dieu avec désintéressement et charité.

Source : Cathédrale du Puy-en-Velay

Le triduum pascal, les trois jours du Mystère

Du Jeudi saint au dimanche de Pâques, les chrétiens célèbrent le mystère central de leur foi : la mort et la résurrection du Christ

Célébration du Jeudi Saint, lors de la Semaine sainte orthodoxe à Istamboul. Lavement des pieds avec le Métropolite Filuksinos Yusuf Cetin, vicaire patriarcal des syriens orthodoxes. La langue utilisée est l'araméen (Photo Cousin/Ciric).
Qu’est-ce que le triduum pascal ?
Le triduum pascal est la période de trois jours durant laquelle les chrétiens célèbrent le cœur de leur foi, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Ce terme vient du latin (tres, « trois », et dies, « jour »).

Le triduum pascal commence le Jeudi saint et se termine le jour de Pâques, après les vêpres. Ces trois jours constituent le centre de gravité de toute l’année liturgique. Successivement, les chrétiens commémorent le dernier repas du Christ avec ses disciples, son arrestation, sa crucifixion et sa mise au tombeau, puis sa résurrection d’entre les morts.

Ces trois jours ont un caractère fortement symbolique : ils rappellent ceux évoqués dans l’Évangile de Jean. Jésus ayant chassé les marchands du Temple, des juifs lui demandent de manifester l’autorité au nom de laquelle il remet en cause le lieu saint de Jérusalem, et il leur répond : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai. » Préfigurant de la résurrection, l’évangéliste précise : « Il parlait du sanctuaire de son corps » (Jean 2, 18-21).
Pourquoi ces trois jours ?
L’Église célèbre dans un seul et même mouvement la passion, la mort et la résurrection du Christ. Elle manifeste ainsi le lien essentiel entre la manière dont le Christ vit et meurt, « donnant sa vie pour ses amis » (Jean 15, 12), et sa résurrection d’entre les morts. Celle-ci manifeste que l’existence du Christ, telle qu’elle a été vécue jusque sur la croix, est accueillie et sauvée par Dieu.

« La résurrection ne signifie pas le début d’une nouvelle période de la vie de Jésus, (…) mais précisément la dimension définitive permanente, sauvée, de la vie de Jésus une et unique », écrivait le théologien Karl Rahner (1).
Que célèbre-t-on le Jeudi saint ?
Dans la soirée du jeudi avant Pâques, les catholiques célèbrent la Cène, l’ultime repas du Christ avec ses disciples, où il leur annonce le don qu’il va faire de sa vie, librement et par amour. Ce don est signifié de manière différente selon les quatre Évangiles. Marc, Matthieu et Luc montrent Jésus partageant aux Douze du pain et du vin, dont il fait les signes de son corps et de son sang livrés.

Dans l’Évangile de Jean, cette scène est absente, et le don de Jésus est traduit au travers du geste du lavement des pieds. Jésus se place ainsi dans la situation du serviteur et laisse à ses disciples ce testament : « C’est un exemple que je vous ai donné pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous » (Jean 13, 15).

Fidèle à la mémoire du Christ, l’Église procède, le soir du Jeudi saint, au rite du lavement des pieds et célèbre solennellement l’Eucharistie. À la fin de la messe, les fidèles poursuivent leur prière en accompagnant le Christ dans la nuit de son arrestation au Jardin des oliviers. « Voilà ce qui distingue les chrétiens des païens », écrira le théologien Dietrich Bonhœffer. « “Ne pouvez-vous veiller une heure avec moi ?” demande Jésus à Gethsémani. C’est le renversement de tout ce que l’homme religieux attend de Dieu. »

Le pasteur allemand y voyait le signe d’une vie chrétienne débarrassée des idoles : « Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide. »
Le Vendredi saint est-il un jour de deuil ?
Pas simplement cela, car ce jour-là les chrétiens célèbrent l’amour de Dieu allant jusqu’au bout de lui-même. Ils célèbrent la « kénose » de Dieu, son abaissement qui va jusqu’à la croix pour rejoindre les hommes. Dans ce geste radical d’humilité, qui renverse la vision païenne d’un dieu dominateur, les chrétiens reçoivent la révélation d’un Dieu qui n’est qu’amour.

Durant cette journée, les chrétiens accompagnent le Christ en sa Passion, relisant ensemble le récit de son arrestation et de sa mise à mort. Au cours de l’office, la liturgie prévoit un geste de vénération de la croix. Depuis la fin du Moyen Âge, la pratique du chemin de croix s’est par ailleurs largement diffusée. Celui-ci a lieu dans l’après-midi du vendredi et consiste en une pérégrination en quatorze (ou quinze) étapes à la suite du Christ.
Le Samedi saint est-il un jour « vide » ?
La journée du Samedi saint est la seule de l’année liturgique qui ne comprend aucun office collectif, hormis la liturgie des heures (prière du bréviaire). Aucun sacrement n’est célébré. C’est un jour de silence et de recueillement, un jour d’attente.

La Tradition lui associe « la descente aux enfers », particulièrement présente dans la spiritualité byzantine : le Christ rejoint les morts restés loin de Dieu, à commencer par Adam et Ève, pour les associer à la délivrance imminente de sa résurrection. La journée du Samedi saint est aussi consacrée aux préparatifs de la fête de Pâques dans les familles et les communautés chrétiennes.
Que célèbre la veillée pascale ?
À Pâques – aussi bien lors de la liturgie nocturne du Samedi saint qu’au dimanche de Pâques –, l’Église célèbre la résurrection de Jésus, son « passage » de la mort à la vie. Selon la foi chrétienne, Dieu n’a pas laissé son Fils crucifié aux mains de la mort. « Dieu a ressuscité », « Dieu a glorifié », « Dieu a relevé » de la mort – tels sont les termes utilisés en grec par le Nouveau Testament – celui qui a donné sa vie par amour pour son Père et pour les hommes.

Pour les chrétiens, cette victoire sur la mort concerne toute l’humanité. « Nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus, nous ressuscitera nous aussi avec Jésus », écrit Paul aux Corinthiens (2 Co 4, 14). Cette annonce d’une vie surabondante, plus forte que la mort, est le salut, la « bonne nouvelle » fêtée à Pâques.

Élodie MAUROT

(1) Traité fondamental de la foi (Centurion).

Avec toi nous irons au désert
Le désert, "cet espace où se vit la rencontre la plus intime avec Dieu et le combat spirituel le plus résolu.", éditorial de Mgr Ricard l'Aquitaine du 6 mars 2009
Pendant ce temps du Carême nous sommes invités à aller au désert avec le Christ. Mais qu’est-ce que le désert ? Dans nos esprits, le mot « désert » évoque spontanément ces dunes de sable ou cet univers très minéral que l’on trouve dans le sud algérien. Dans la Bible, ce mot, évoquant plus largement tout lieu retiré, a pris au cours des siècles un sens plus symbolique, une signification d’ailleurs ambivalente. Il désigne cet espace où se vit la rencontre la plus intime avec Dieu et le combat spirituel le plus résolu.
Le désert est ce lieu où Dieu attend l’homme, veut le rencontrer, nouer avec lui une histoire d’alliance. Celui-ci est invité à quitter son environnement habituel, son univers familier pour vivre ce moment fort d’intimité avec Dieu. Moïse ne demande-t-il pas à Pharaon : « Le Dieu des Hébreux est venu à notre rencontre. Accorde-nous d’aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier au Seigneur notre Dieu. » (Ex 5, 3) ? Le désert est le lieu des fiançailles de Dieu avec son peuple. Chez le prophète Osée, Dieu nous dit qu’il ne répudie pas son épouse infidèle mais qu’il va de nouveau la reprendre et l’amener au désert : « C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. » (Os. 2, 16) Pris par un ministère harassant, Jésus aime pourtant s’arrêter et rejoindre des endroits déserts : « Mais lui, dit Saint Luc, se tenait retiré dans les déserts et priait. » (Lc 5, 16). Dans cette solitude, Jésus se remet devant son Père, vit son intimité profonde de Fils, reçoit de Lui son être et sa mission. Il lui rend grâce. Jésus invite ses disciples à entrer dans l’intimité de sa prière et de son cœur à cœur avec le Père. On comprend que certains aient voulu, dans la vie monastique ou érémitique, donner à tous un signe permanent de cet appel du Seigneur. Pendant le Carême, nous sommes, nous aussi, invités à offrir à Dieu, au cœur de notre vie quotidienne, un espace plus large de prière, de rencontre avec Dieu, de disponibilité à sa présence, d’écoute de sa Parole. Allons au désert avec le Christ !
Mais le désert peut être aussi ce lieu de la tentation, ce lieu de la confrontation avec l’Esprit du Mal, avec le Père du mensonge, comme le désigne Jésus (cf. Jn 8, 44). Dans sa marche au désert, confronté à la faim et à la soif, le peuple d’Israël est tenté de douter de Dieu, de ne plus croire à son Alliance, de se forger d’autres représentations de Dieu qui lui paraissent plus immédiatement comblantes que celle du Dieu de Moïse, d’Abraham et de Jacob. Dans le désert Jésus refuse le mirage de puissance universelle que lui fait miroiter le Tentateur. Là où le peuple a cédé, Jésus est victorieux. La tentation fait partie de nos vies. Quand on y succombe, elle ne nous mène pas forcément à un athéisme déclaré. On peut continuer à se dire « croyant » et à donner à Dieu une petite place dans sa vie. Mais, alors, nous sentons bien que notre vraie vie est ailleurs, que notre cœur a d’autres trésors, que les absolus auxquels nous sacrifions tout (nos idoles, dirait la Bible) peuvent s’appeler la volonté de réussite à tout prix, l’amour de l’argent, la passion sans état d’âme de la recherche ou de la politique, le narcissisme sentimental ou sexuel… Le Christ nous invite au contraire à être fidèles à Dieu et à vivre en conformité avec l’Evangile. Il y a là une lutte, un combat spirituel à mener. Le temps du Carême ouvre un espace pour faire la vérité de nos vies, être au clair sur les choix qui nous guident en profondeur, nous convertir de nouveau aux exigences de l’Evangile. Ce combat spirituel, nous ne le menons pas tout seuls, mais avec le Christ et la force de son Esprit.
Alors n’hésitons pas à aller au désert avec le Christ ! Bon Carême !

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

 

En route vers Pâques !

 

careme 2008

Le carême est une période de quarante jours qui mène à la fête de Pâques. Il a lieu cette année du 25 février au 11 avril. Notre dossier rassemble des éclairages sur le sens du carême, relaie des initiatives diocésaines et des propositions spirituelles.

Marqué par la prière, le partage et le jeûne, le carême commence le 25 février avec le Mercredi des Cendres. Au cours de cette messe, le prêtre marque le front des fidèles de cendres en disant : « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » ou « Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière ». Si les cendres symbolisent la fragilité humaine, elles sont aussi le signe de l'espérance en la miséricorde de Dieu.

Dans son Message de carême 2009, le pape Benoît XVI met l'accent sur le jeûne. « Se priver de nourriture matérielle qui alimente le corps facilite la disposition intérieure à l'écoute du Christ et à se nourrir de sa parole de salut (...) écrit-il. Le jeûne a comme ultime finalité d'aider chacun d'entre nous à faire un don total de soi à Dieu (...) En même temps, le jeûne nous aide à prendre conscience de la situation dans laquelle vivent tant de nos frères ».

De nombreuses initiatives sont proposées par les diocèses, les services et les mouvements d'Eglise : conférences, actions de solidarité ou encore retraites en ligne permettront à chacun d'entrer dans une démarche de renouvellement intérieur. Pour les catéchumènes, le carême est un chemin vers le baptême.
 
 

Retraite de carême du pape Benoît XVI

La retraite débutera dimanche 1er mars. Sur le thème "Le prêtre rencontre Jésus pour le suivre", les exercices spirituels seront prêchés par le Cardinal Francis Arinze, Préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

Cette retraite commencera à 18 h en la chapelle Redemptoris Mater par les vêpres, la première médiation, l'adoration et la bénédiction eucharistiques. Les jours suivants: à 9 h laudes et méditation, à 10 h 15 tierce et méditation, à 17 h méditation, à 17 h 45 vêpres, adoration et bénédiction eucharistiques.

Les exercices spirituels du pape et de la Curie romaine prendront fin samedi 7 mars à 9 h par les laudes et une méditation conclusive. Le temps de la retraite, les audiences privées comme l'audience générale du mercredi sont suspendues.
(source : VIS)

La crèche, une icône au cœur de l'enfant

par Constance de Buor

On pourrait croire à une salle de jeux trop rangée. Ni tapis sombre au mur, ni rayonnages de livres reliés dans le cabinet de Brigitte Chevalier-Brest, psychanalyste ancrée dans la foi chrétienne. La pièce baigne dans une clarté reposante et des odeurs veloutées. Sur les étagères, des maisons de poupées, des centaines de Playmobil, de figu­rines, de trouvailles et de bidules. Aux enfants qu’elle reçoit parmi ses patients, Brigitte Chevalier-Brest propose en effet de raconter leur histoire en mettant en scène, dans un bac à sable, des personnages et des objets, selon le principe des « jeux de sable », théorisés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la ­psychiatre anglaise Margaret Lowenfeld. Parmi les favoris des enfants, avant l’âge de 7 ans surtout, la crèche, qui les attire indépendamment de la culture ou de la foi dans laquelle ils grandissent. « Certains savent très bien qui sont Marie, Joseph et Jésus, d’autres pas du tout. Quand, parmi les jouets, ils choisissent ou composent une crèche, c’est toujours pour dire quelque chose de particulier sur leur histoire, leur naissance et leurs blessures », note-t-elle. Selon la psychanalyste, la crèche est pour les chrétiens le parcours de toute une vie, une « icône intérieure », dans laquelle les parents et les enfants peuvent « se recon­necter sans cesse », un chemin d’humilité et de confiance qui conduit vers Dieu. Elle nous livre ses réflexions sur la « leçon d’amour » de la crèche, que l’enfant perçoit intuitivement ou qu’on peut lui transmettre.

L’enfant Jésus
L’enfant qui contemple la crèche, l’installe ou joue avec ses personnages, s’identifie de façon inconsciente au petit Jésus. La crèche le renvoie à une image archaïque rassurante, au schéma triangulaire père-mère-­enfant, et à sa propre naissance. Même quand ce schéma a été fracassé par une histoire familiale difficile, l’enfant le perçoit toujours comme une image positive. Il sent profondément – et la crèche le lui rappelle – qu’il est né du désir d’un père et d’une mère, qu’il est le fruit d’un amour, même si celui-ci ne s’est pas exprimé explici­tement ou si l’enfant a été confié à d’autres parents. La crèche est un lieu douillet, apaisant, une image du corps maternel, les entrailles de Dieu (qui est père et mère), une « icône interne ». L’enfant qui la regarde perçoit l’histoire de sa propre incarnation et ressent que c’est l’amour qui se fait homme. Ainsi, il est important d’expliquer aux petits que nous sommes tous nés du dessein d’amour de Dieu, que, avant même que nous soyons dans le ventre de notre mère, Dieu a voulu que nous naissions.

L’enfant peut comprendre que le Jésus de la crèche est le même que celui de la croix. La mort et la résurrection sont des expériences connues des enfants. Ils quittent en effet leurs eaux amniotiques pour l’air, ils sont séparés de leur mère à la césure du cordon, sont sevrés, ne sont plus ­portés dans les bras… Ce sont des moments de passage, de « pâques », qui ouvrent à ­chaque fois sur plus d’acquis : ils perdent le cordon pour le sein et les bras de leur mère, le sein pour une alimentation solide, les bras pour la marche, etc. L’enfant qui sait que Jésus est né dans l’étable parce que Marie et Joseph n’ont pas pu se mettre à l’abri ailleurs et qui voit la croix sent que l’histoire de Jésus est celle d’un amour blessé, un amour que les hommes n’ont pas su recevoir, servir, aimer. On peut ainsi lui dire que notre Terre a vraiment besoin qu’on reçoive Jésus, ou l’amour (selon ce que les parents veulent transmettre), dans notre cœur. 

Marie et Joseph
C’est un couple particulier, mais les enfants d’aujourd’hui savent qu’on peut avoir un papa qui aime comme un papa, qui transmet ce qu’il sait, ce qui compte pour lui, sans être celui qui a fait le bébé. Le reste relevant du mystère... Marie et Joseph incarnent à la fois la force et la faiblesse. Sans être misérables – Joseph est artisan –, ils vivent une forme de précarité et sont simples de cœur : d’une certaine ma­nière, ils vivent les Béatitudes avant que Jésus ne les ait prononcées. Les enfants perçoivent immédiatement la confiance de Marie et de Joseph en Dieu. À travers eux, on peut leur transmettre l’abandon, la fidélité, la disponibilité, l’ouverture à l’imprévu de Dieu. Ce qui est extraordinaire, c’est que leur « oui » va permettre la suite de l’histoire jusqu’à la résurrection ! De plus, chacun a obéi à l’appel de l’ange (de jour, pour Marie, et de nuit, en songe, pour Joseph, signe que Dieu nous parle sans cesse), mais librement. Ils forment un couple autonome et incarnent une grande liberté. On ne parle nulle part de leurs propres parents et de l’inquiétude de ceux-ci. Peu importent les ­dif­ficultés, le regard des autres et le qu’en-dira-t-on.

L’âne et le bœuf
La première crèche vivante formée par François d’Assise ne comprenait qu’un âne et un bœuf, entourant une mangeoire vide. Dans de nombreuses représentations, les deux animaux sont devant le nouveau-né et non derrière lui. Souvent, lors d’une thérapie, les enfants placent les deux bêtes en premier, avant même d’installer les autres personnages de la crèche. Et il me semble qu’il faut en effet passer par l’âne et le bœuf pour avancer vers Jésus, telles une péda­gogie, une leçon d’amour : par l’humilité de l’âne (car c’est lui qui a porté Marie enceinte) et par la chaleur du bœuf (qui, aux champs, se laisse lui aussi conduire et participe au travail des hommes). Si on ne réchauffe pas notre cœur pour l’accueillir et si on ne décide pas de se mettre à son ­service, on ne peut pas rencontrer Jésus.

Les bergers et les Rois mages
Ces hommes se situent aux deux extrémités de la société, mais se rejoignent sur des valeurs fondamentales. Ils incarnent la connaissance – de la nature, en particulier – et la sagesse humaine. Ils ont compris que le sauveur venait. Les bergers et les Rois mages portent une responsabilité, ils sont des guides pour leur troupeau ou leur communauté, mais aussi des veilleurs. 

la croixLa prière universelle

Remise en valeur après Vatican II, ce temps qui vient clôturer la liturgie de la Parole, durant la messe, est une expression du « sacerdoce commun des fidèles »

Qu’est-ce que la prière universelle ?
On appelle « prière universelle », ou encore « prière des fidèles », l’ensemble d’intentions de prière présentées pendant la messe après le Credo, juste avant le début de la liturgie eucharistique : elle vient clore la liturgie de la parole. Comme le souligne le P. Michel Wackenheim, spécialiste de la liturgie, si « le Credo exprime l’adhésion des fidèles à la parole proclamée, la prière universelle formule les demandes que cette parole suscite chez les fidèles (1) ».

« Dans la prière universelle, explique la Présentation générale du missel romain (PGMR), le peuple répond en quelque sorte à la parole de Dieu reçue dans la foi et, exerçant la fonction de son sacerdoce baptismal, présente à Dieu des prières pour le salut de tous » (n. 69). Au cours de la messe, la prière universelle est donc un moment privilégié où s’exerce le « sacerdoce commun des fidèles », c’est-à-dire où les baptisés participent à « l’unique sacerdoce du Christ», selon les mots de la constitution dogmatique Lumen gentium de Vatican II. « Le prêtre est celui qui prie au nom de », explique encore le P. Wackenheim (2).

Dans la prière universelle, le peuple de prêtres qu’est l’assemblée prie au nom de toute l’humanité. À la messe, les fidèles prient essentiellement pour eux-mêmes… sauf lorsque vient ce moment où ils sont appelés à exercer leur fonction de prêtre et à faire de leur prière une prière pour tout ce qui n’est pas l’assemblée. Pour garder ce caractère « universel », on évite donc les formulations du genre « pour que nous… » au profit d’intentions tournées vers l’extérieur. À noter, enfin, que la prière universelle n’est pas réservée à la messe : les laudes et les vêpres en comportent une, de même que la célébration de la plupart des sacrements.
D’où vient-elle ?
La prière universelle est une très ancienne tradition liturgique. Elle trouve son origine dans une demande de saint Paul à Timothée : « J’insiste avant tout pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui ont des responsabilités, afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux. Voilà une vraie prière, que Dieu, notre Sauveur, peut accepter, car il veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité » (1 Tm 2, 1-4).

Très tôt, les chrétiens ont donc consacré une partie de leurs liturgies à cette prière de demande, comme en témoigne par exemple saint Justin décrivant la liturgie chrétienne au milieu du IIe siècle à Rome : « Ensuite nous nous levons tous ensemble et nous prions à haute voix, pour nous-mêmes, pour celui qui a été baptisé, et pour tous les autres. » Comme aujourd’hui, la prière universelle intervenait donc à la fin de la célébration de la Parole, après l’homélie, et après que les catéchumènes – pas encore baptisés – avaient été congédiés : c’est pour cela que l’on parle aussi de « prière des fidèles », c’est-à-dire réservée aux chrétiens baptisés.

À partir du VIIIe siècle toutefois, au moment où le peuple commence à être mis à l’écart de la liturgie, la prière universelle disparaît peu à peu. Sauf pour certaines occasions (comme le Vendredi saint), elle disparaît de la liturgie au concile de Trente, et il faut attendre Vatican II pour qu’elle soit remise à l’honneur : « La “prière commune”, ou “prière des fidèles”, sera rétablie après l’évangile et l’homélie, surtout les dimanches et fêtes de précepte, afin qu’avec la participation du peuple, on fasse des supplications pour la sainte Église, pour ceux qui détiennent l’autorité publique, pour ceux qui sont accablés par diverses nécessités, et pour tous les hommes et le salut du monde entier » (constitution Sacrosanctum Concilium, n° 53).
En quoi consiste-t-elle ?
Comme le rappelle la Présentation générale du missel romain (PGMR, n. 71), c’est le prêtre qui dirige la prière universelle et l’introduit par une brève « monition », sorte d’invite à prier. Viennent alors les intentions proprement dites, dont la PGMR recommande qu’elles « soient sobres, composées avec une sage liberté et en peu de mots, et qu’elles expriment la supplication de toute la communauté ». La PGMR (n. 70) suggère quatre pistes pour les intentions (même si elles peuvent être modifiées selon les circonstances) : « pour les besoins de l´Église », « pour les dirigeants des affaires publiques et le salut du monde entier », « pour ceux qui sont accablés par toutes sortes de difficultés », « pour la communauté locale ». « On ne prie jamais pour des idées, mais pour des hommes et des femmes de ce temps », commente Michel Wackenheim. De même, continue le rédacteur en chef de Signes d’aujourd’hui, « la prière universelle n’est pas faite pour se plaindre auprès de Dieu des catastrophes survenues dans la semaine » : ce n’est pas le « journal télévisé » mais « un cri de confiance vers le Père».

Après chaque intention, « le peuple, debout, exprime sa supplication, soit par une invocation commune (…) soit par une prière silencieuse », continue la PGMR. « C’est le refrain qui est le vrai moment de la prière, et non l’intention », insiste le P. Wackenheim. D’où la nécessité de savoir doser le silence tout au long de cette prière pour éviter une répétition trop mécanique. La prière universelle se conclut par une oraison du prêtre.

Nicolas SENEZE

  1. La Messe en 50 questions, Salvator, 160 p., 14,50 €.

(2) Guide pour célébrer la messe, Guides Signes d’aujourd’hui, 194 p., 9 €.

 

Toussaint et fête des défunts
Comment vivre le deuil ?
Face à la mort d'un proche, nous sommes souvent désemparés. Ce dossier réunit des témoignages, des pistes de réflexions et des adresses utiles pour surmonter cette épreuve douloureuse.

Témoignages
Véronique Poivre d'Arvor : »Je voudrais qu'il reste quelque chose d'elle"
En janvier 1995, à 19 ans, Solenn Poivre d’Arvor mettait finà ses jours, après un long combat contre l’anorexie-boulimie. À Paris, une Maison des adolescents porte aujourd’hui son nom. Lisez le témoignage de sa mère.
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Roland Giraud : "Ma foi à l'épreuve de la souffrance"
Un an après la disparition tragique de sa fille Géraldine, Roland Giraud, actuellement en tournée en régions avec la comédie "Avis de tempête", confie ses convictions mais aussi ses doutes, avec une générosité rare.
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Prier pour ses défunts
Textes, lectures bibliques, et prières : Pèlerin vous offre un livret à imprimer pour vous recueillir en famille au cimetière.
> Un livret à imprimer pour faire mémoire




Trouver les mots face au deuil
Devant quelqu'un qui vient de perdre un être cher, nous ne savons que dire ni que faire. Alors, nous optons souvent pour la dérobade... Une attitude qui enferme les personnes endeuillées dans leur souffrance alors qu'elles ont besoin de nous. Voici des pistes pour nouer le dialogue.
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Surmonter la mort d'un proche
Des associations sont nées pour aider ceux qui sont touchés par la mort brutale d'un proche. Retrouvez sur Internet leurs informations, leurs forums, et la liste des associations locales.
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Se souvenir de nos morts
Nous avons besoin de nous souvenir de ceux qui nous ont quittés. Chacun le fait à sa façon. Si la pratique religieuse est une aide pour beaucoup, d'autres inventent leurs propres moyens de remémorer. Dans tous les cas, un cheminement est nécessaire pour dépasser la douleur de l’absence.
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Face à la mort
Ce hors-série se propose de faire redécouvrir la sagesse des rites, croyances et traditions funéraires propres à chacune des grandes religions. En donnant largement la parole à ceux qui ont vécu l’épreuve du deuil il aide à comprendre que choisir de vivre est encore le plus sûr moyen de rester fidèles à ceux qui nous ont quittés.

Hors-série Pèlerin réalisé en partenariat avec France Inter
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Quand un enfant perd son frère ou sa soeur...
A Grenoble, l'association Locomotive aide les enfants ayant perdu un frère ou une soeur à revivre, et accompagne les parents endeuillés.
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Questions de foi
Les saints peuvent-ils nous aider ?

Les saints peuplent le calendrier et leurs statues ornent nos églises. Ces grandes figures, qui nous ont précédés sur le chemin de la foi, sont aussi une aide précieuse. Un appel à avancer, un témoignage émouvant, une présence fraternelle.

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La souffrance éloigne-t-elle de Dieu...?

Deuil, séparation, maladie, chômage... cette souffrance qui traverse toute notre vie humaine nous fragilise, nous bouleverse jusqu'à parfois bousculer nos convictions et notre foi.
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Qu'y a-t-il après la mort ?

A cette question existentielle, la foi chrétienne apporte une réponse qui a pour nom : espérance. Le point sur l'au-delà, avec le P. Philippe Baudassé, prêtre du diocèse de Toulon, longtemps chargé de la formation des laïcs engagés dans la pastorale du deuil, et auteur du Guide Totus des obsèques (Ed. du Jubilé).
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Site du Pèlerin : http://www.pelerin.info/

 

La Trinité : trop compliqué pour la catéchèse ?
Ce jour-là, comme chaque année, un important établissement d’enseignement catholique réunissait pour une journée de travail celles et ceux qui étaient impliqués dans la catéchèse : des permanents en pastorale, certains enseignants et quelques parents, à la fois pour le primaire, le collège et le lycée. Au programme cette année-là : "La Trinité. Qu’en disons-nous ? Sa place dans l’ensemble de la catéchèse."

A éviter ?

Au point de départ, dans les groupes, le constat fut assez unanime : "La question n’est pas d’abord : comment faire avec les enfants ? Nous-mêmes, à part quelques souvenirs, assez abstraits, d’une catéchèse ancienne, nous ne sommes pas très au clair sur la Trinité. Alors, avec les enfants et les jeunes, nous avons l’impression que nous n’en parlons presque jamais. Sans doute par prudence. Mais est-ce vraiment indispensable, en particulier avec les tout-petits ?" Un groupe ajoutait : "Alors que les enfants, même dans notre école, sont de plus en plus en contact avec des camarades d’autres religions, est-il opportun d’insister sur la Trinité ? Lorsqu’on a fait, dans une classe, une sorte de fête de Noël devant la crèche, les enfants avaient invité des camarades musulmans, qui ont dit quelque chose sur Jésus. On s’aperçoit qu’on a évité alors de parler de choses comme la Trinité."
Après ce constat un peu négatif, second temps dans le travail de cette journée : on prit le temps de regarder ensemble les documents de la catéchèse, parcours catéchétiques, livres des enfants, dossiers des animateurs, livrets de préparation aux sacrements. Avec, lors de la mise en commun, l’impression contrastée que la question de la Trinité n’était jamais vraiment abordée pour elle-même, et pourtant qu’on la retrouvait partout. Il est vrai, en effet, que les parcours les plus récents ne prévoient pas une rencontre, une unité ou une séquence sur la Trinité. Ils évitent d’ailleurs ce mot abstrait non évangélique. Mais en fait revient constamment cette question des rapports du Père, du Fils et de l’Esprit, et c’est bien ce que nous appelons la Trinité. Comment, en effet, parler du baptême, le nôtre et celui de Jésus, de la prière, celle de Jésus et la nôtre, de la Pentecôte et de la confirmation, de Jésus poussé par l’Esprit et faisant la volonté du Père, du don de sa vie et de l’eucharistie, et, tout simplement, de l’originalité de la foi chrétienne par rapport au judaïsme, sans parler de cette "Trinité" ?

Point de repère

On s’aperçoit ainsi que l’enseignement traditionnel de l’église sur la Trinité, même pas très bien assimilé, sert bien souvent de point de repère pour les catéchistes devant les hésitations, les questions ou les dérapages toujours possibles. Il arrive par exemple que, dans les échanges, enfants ou adultes s’expriment comme si seul le Père était Dieu, comme si Jésus n’était qu’un homme de Dieu très au-dessus des autres, et l’Esprit, une force, une impulsion, une énergie. Il est important que le catéchiste puisse se référer alors à quelques idées claires : "Non, nous croyons aussi à la divinité du Fils et de l’Esprit. Il y a parfaite égalité dans la Trinité."
De même - c’est au moins aussi fréquent - , lorsque ayant entendu cette affirmation de la divinité de Jésus un enfant (ou un adulte !) parle de lui en l’identifiant purement et simplement à Dieu, le Père, comme s’il était Dieu en personne venu parmi nous. "Alors Dieu monta dans la barque...", ou "Dieu dit à la Samaritaine...", raconte l’enfant. Là aussi, devant la confusion des personnes, le catéchiste se raccrochera à l’énoncé de la foi trinitaire : trois personnes distinctes, Jésus n’est pas Dieu le Père.
En catéchèse, aussi bien pour les enfants que pour les adultes, la Trinité est moins un point de départ, sorte de vérité insolite qui s’imposerait d’emblée, qu’un point de repère constant pour les catéchistes et une découverte progressive pour les catéchisés. Comme ce fut, nous l’avons vu, la prise de conscience progressive des premières communautés chrétiennes.
Certains catéchistes pourraient avoir l’impression que la Trinité est une invention tardive d’évêques ou de théologiens, un ajout bizarre dont il vaudrait mieux se passer aujourd’hui pour ne pas compliquer le dialogue interreligieux. Il leur faudra découvrir que, en fait, la doctrine trinitaire, c’est la façon dont la communauté chrétienne, prenant conscience de sa foi, de sa prière, de sa rencontre avec Dieu tel qu’il s’est révélé en Jésus, l’explicite dans des mots. Aujourd’hui en catéchèse, comme à l’origine pour les premiers chrétiens, la Trinité ne devrait donc pas apparaître comme un dogme supplémentaire, mais comme la découverte progressive que l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit commande en fait notre prière, notre liturgie, la célébration de nos sacrements : Dieu tel qu’il se donne à nous, relation, communion, alliance, partage, c’est bien Dieu tel qu’il est.

Déjà là

C’est pourquoi, alors que beaucoup de catéchistes sont peu à l’aise à l’idée de devoir aborder un tel sujet, comme si justement la Trinité était un "sujet" de catéchèse, les parcours proposés mettent en évidence tout le "déjà là" de la Trinité dans la prière et la vie des enfants.
Plusieurs partent tout simplement, comme nous l’avons fait, du signe de la croix, d’abord symbole du Christ devenu ensuite, par l’adjonction des paroles du baptême, expression de la Trinité. L’enfant apprend à dire le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit en touchant successivement son front, son coeur et ses deux épaules, comme pour évangéliser tout son corps, tout son être. Ce signe de la croix résume, récapitule tout le credo, faisant mémoire à la fois de la passion de Jésus et du baptême qui nous la fait revivre.
Ainsi une catéchèse de la Trinité pourrait être simple-ment le commentaire de la prière chrétienne et de la liturgie. En feuilletant ensemble les documents de la catéchèse, livres, cahiers, journal de bord de l’équipe, fascicules pour la préparation des sacrements, un groupe d’enfants peut découvrir que les prières sont adressées habituellement à Dieu, le Père, comme la prière de Jésus, mais aussi parfois au Fils ou au Saint-Esprit.
Bien souvent, d’ailleurs, la prière spontanée des enfants s’adresse à Jésus : "Toi qui t’es invité chez Zachée, tu viens aujourd’hui chez nous." Et on peut leur apprendre à prier aussi le Saint-Esprit. Alors, par la suite, en prendre conscience, c’est, de façon très concrète et existentielle, découvrir ce que la tradition appelle la personnalité et la divinité du Fils et de l’Esprit : si on leur parle ainsi, c’est bien qu’ils sont quelqu’un, et quelqu’un qui est Dieu. Encore faut-il que la catéchèse souligne tout à la fois la distinction des personnes et les liens qui les unissent.
Pour des enfants, mais plus encore pour des adultes, en particulier pour des catéchumènes se préparant au baptême, la catéchèse fait peu à peu découvrir que la prière chrétienne par excellence est celle qui ne se contente pas de juxtaposer ainsi les personnes pour s’adresser à l’une ou à l’autre, mais la prière qui les articule : faisant corps avec Jésus, comme si nous nous prenions un peu pour lui, nous laissant investir par son Esprit, nous osons reprendre la prière du Fils unique en son Incarnation et, "par lui, avec lui et en lui", nous nous tournons vers le Père. Cette prière, nous l’avons vu, n’est pas adressée à la Trinité, mais elle est trinitaire, adressée au Père, par et avec le Fils, dans l’Esprit. Ainsi en est-il de la prière eucharistique, mais aussi du moindre Notre Père : ils sont donc le centre vital de la catéchèse qui fait prendre conscience que prier chrétiennement, c’est prier trinitairement. La conclusion de nos oraisons, "par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur... dans l’unité du Saint-Esprit", au lieu d’apparaître comme une simple ritournelle, pourrait avoir une grande importance catéchétique : elle exprime le dynamisme original de la prière chrétienne dont Dieu n’est pas seulement le destinataire mais la source. Elle atteste ce Dieu relation, communion, qui, en quelque sorte, prie en nous, à travers nous. La prière, c’est le mouvement de l’amour trinitaire qui nous traverse, nous mobilise et nous entraîne, et, par le fait même, nous transfigure et nous reconstruit.

Le Christ au centre

Dans l’extraordinaire renouvellement de la catéchèse, qui a commencé en France vers 1950 avec les pères Colomb et Coudreau et la fondation de l’Institut catéchétique, l’une des intuitions majeures, confirmée ensuite par les directives épiscopales et le synode romain de 1977, fut le "christocentrisme" : le Christ au centre de la catéchèse, parce qu’il est le centre de la foi, l’unique accès à la pleine connaissance de Dieu.
Succédant à une catéchèse un peu déiste, dont le principal souci apologétique avait été d’attester l’existence de Dieu pour lutter contre l’athéisme alors envahissant, la catéchèse en vint de plus en plus clairement à insister sur l’originalité de la foi chrétienne, Jésus révélateur du Père.
On peut dire aussi que dans la catéchèse antérieure à 1960, telle qu’elle apparaît dans le Catéchisme des diocèses de France de 1947, le Christ est au milieu sans être véritablement le centre. Il est au milieu au sens où, dans l’année scolaire, on en parle à mi-parcours : après avoir parlé de la Création, du péché originel et de l’histoire sainte du peuple d’Israël, on en vient à Jésus, en suivant l’année liturgique, au second trimestre de l’année scolaire, de Noël à Pâques, de sa naissance à sa mort et à sa résurrection. Mais il n’est pas le centre dans la mesure où il n’est pas question de lui dans les premiers chapitres : il n’apporte aucune lumière sur la création ou sur l’origine de l’homme. De même, dans la troisième partie de ce catéchisme, au troisième trimestre, on n’a guère besoin de lui pour l’enseignement de la morale, qui reste le commentaire des commandements de Dieu donnés par l’Ancien Testament. Jésus n’apparaît ici que comme un épisode second de l’histoire du salut. Il n’est que le réparateur, intervenant dans un second temps, un plan de secours dont on pourrait penser que Dieu aurait préféré se passer.
Dans la plupart des catéchèses récentes, au contraire, le Christ est bien au centre et éclaire tout le parcours. On retrouve quelque chose de la contemplation de Paul, lorsqu’il chante que le Christ, "premier-né d’entre les morts", est d’abord le "premier-né de toutes créatures", en qui, vers qui, pour qui tout a été prévu, voulu, créé par Dieu dès l’origine (voir Col 1,15-20). Dans Pierres vivantes, le recueil de documents préparé par les évêques de France pour la catéchèse (1), le texte de la Genèse sur la Création est précédé et éclairé par la grande bénédiction qui ouvre l’épître aux éphésiens : Béni soit Dieu, le Père de Jésus, qui, dès avant la création du monde, avait déjà décidé que nous serions un jour ses fils en Jésus et par lui (voir Ep 1,3-14). Donc non pas un Christ occasionnel, accidentel, dont l’intervention ne serait liée qu’à l’épisode du péché, mais le point de départ et le point culminant, le principe et le but, l’alpha et l’oméga, du projet de Dieu sur l’humanité : le projet de faire de nous des fils de Dieu quoi qu’il arrive. Ce n’est pas simplement parce que nous sommes pécheurs, récalcitrants à son amour, que Dieu, en Jésus, vient nous chercher. Mais malgré notre péché, jusque dans notre péché, Dieu persiste dans son projet, originel, plus originel encore que notre péché, de faire de nous ses fils par Jésus et avec lui. Comme l’enseignait déjà saint Maxime le Confesseur en parlant de Jésus ressuscité : "C’est les yeux tournés vers lui que Dieu a tout appelé à l’existence."

Dans sa relation au Père

Lorsque, dans la catéchèse des enfants, on parle de Jésus, de sa vie, de sa naissance, de ses gestes de guérison et de son message, de son procès, de sa mort, et surtout de sa résurrection, très vite vient la question de son identité : "Qui est-il donc en vérité ?" Question que se posaient déjà ses disciples, stupéfaits que la mer et le vent lui obéissent, ou qu’il se permette de pardonner les péchés.
Il ne suffit pas alors de répéter que Jésus est Dieu pour expliquer l’origine de ce pouvoir, de cette audace. La référence à la "nature divine" de Jésus, traditionnelle depuis les controverses et les grands conciles des IVe et Ve siècles, est mal perçue quand on y voit seulement l’ajout d’un pouvoir divin exorbitant sur les épaules d’un homme comme nous. Ou, pis encore, lorsque l’affirmation de cette nature divine conduit à identifier Jésus à son Père, comme s’il était lui-même le "Bon Dieu" en personne sur les chemins de Palestine. Nous l’avons vu, la nature divine de Jésus, c’est d’abord sa relation au Père, relation filiale, tout à la fois d’origine, de proximité, de communion, au point que Jésus peut dire : "Moi et le Père nous sommes un" (Jn 10,30), un d’une unité absolument inimaginable pour nous, sans pour autant que Jésus se prenne pour le Père.
Il est très important, dans la catéchèse, de ne jamais s’écarter d’une expression trinitaire, relationnelle, de la divinité de Jésus : ne jamais le dire Dieu sans, en même temps, ou aussitôt après, le dire Fils. De même, ne pas le dire Fils sans le dire Dieu, pour ne pas risquer d’en faire seulement le plus grand des envoyés de Dieu, l’homme le plus proche de Dieu.
C’est comme Fils, en tant que Fils, sortant du Père et tendu vers lui, que Jésus est Dieu. Il n’est pas Dieu en personne, la personne du Père, il n’est pas Dieu à la place du Père ou en s’identifiant à lui. Mais il est tellement Fils, tellement un avec le Père, qu’il est Dieu comme Dieu et avec lui, "Dieu né de Dieu". Il est absolument un en Dieu, mais aussi à côté de lui, comme en face de lui, dans cette distinction qui permet l’amour, le partage, la communion. Comme nous l’avons vu à propos de l’amour humain, loin d’abolir l’unité, la distinction est la condition de possibilité de la communion.

Revenir à l’évangile

La catéchèse n’a donc pas à s’embarquer dans des spéculations abstraites, sur le un et le trois, sur la nature et la personne, qui laisseraient penser aux enfants ou aux adultes catéchisés que Dieu est bizarre. La simple relecture des scènes de l’évangile et des paroles de Jésus suffit à manifester ces relations du Père, du Fils et de l’Esprit. Celui qui regarde Jésus en prière, celui qui médite, avec l’un des évangélistes, la manifestation, l’épiphanie, sur les bords du Jourdain, après le baptême de Jésus, perçoit tout à la fois que Jésus ne s’identifie pas au Père et qu’il est totalement un avec lui.
C’est vrai singulièrement du mystère pascal, la mort de Jésus, sa résurrection et le don de l’Esprit qui en surgit. Nous l’avons vu, le signe de la croix nous le rappelle constamment, avec le geste de la croix lié aux paroles trinitaires du baptême.
Hors de cette référence au Père et à l’Esprit, on ne saurait rien comprendre de Jésus, de son projet, de son message, de son identité. La catéchèse des évangélistes, particulière-ment l’évangile selon Jean, sont très explicites sur ce point et demeurent le modèle et la source de toute catéchèse sur Jésus. "Je suis sorti du Père et venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde et je vais au Père" (Jn 16,28). Toute catéchèse qui prétendrait que cette référence au Père est trop compliquée pour de jeunes enfants et qu’il est nécessaire d’attendre quelques années avant de leur parler de la relation de Jésus à son Père et de sa divinité, et a fortiori pour parler du Saint-Esprit, se condamnerait, en présentant ainsi un Christ "orphelin", à ne rien comprendre de ce que fait Jésus et de ce qu’il est.

Pâques dit la Trinité

Chaque fois que Jésus est sommé de s’expliquer sur son comportement déroutant, sur les gestes qu’il fait pour remettre debout, sur les paroles qu’il profère avec autorité, il renvoie à cet Autre dont il se veut le mandataire : il n’est pas là en son propre nom, à son propre compte, mais les gestes qu’il fait, les paroles qu’il donne, ce sont les gestes et les paroles de celui qui l’envoie (voir Jn 5,19-21 ;7,16). Au point que les évangélistes ont lu sa mort elle-même, sa mise à mort, comme signe de sa fidélité à l’oeuvre de Dieu, de sa consécration au Père. La mort de Jésus, crime suprême de ceux qui ont voulu le supprimer comme ils avaient voulu faire taire les prophètes avant lui (voir Mc 12,1-12), devient consécration, sacrifice, don de soi au Père, quand on la regarde dans la logique de la relation de Jésus à celui d’où il vient et vers lequel il va. La mort de Jésus cesse de n’être envisagée que du point de vue de ceux qui le mettent à mort, pour apparaître comme l’acte filial par lequel Jésus, au terme d’une vie tout entière consacrée au Père et à ses frères, s’en remet totalement de sa vie, de son honneur, mais aussi de sa mission apparemment inachevée, entre les mains de Dieu, son Père.
C’est bien pourquoi ("C’est pourquoi", chante l’hymne de l’épître aux Philippiens, 2,9) la résurrection de Jésus, son exaltation, apparaît alors comme la réponse paternelle de Dieu au geste filial de la mort de Jésus, de son amour jusqu’à la mort. Ce qui aurait pu n’être compris que comme le drame d’un prophète rejeté, après bien d’autres, devient la manifestation de la glorification réciproque du Père et du Fils. Par le don de sa vie, dans sa mort, Jésus rend gloire à Dieu. Par le don de sa vie, en le ressuscitant, le Père rend gloire à son Fils. "Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie", demande Jésus dans sa prière sacerdotale, sacrificielle, première prière eucharistique (Jn 17,1).
Dans les plus anciennes catéchèses du Nouveau Testa-ment, telles que semblent nous les avoir conservées les grands discours de Pierre et de Paul dans les Actes des apôtres, la résurrection de Jésus est toujours présentée comme un acte de Dieu, une initiative du Père : les habitants de Jérusalem et leurs chefs ont mis à mort Jésus en le livrant à Pilate, mais Dieu, lui, l’a ressuscité (voir Ac 2,23-24 ; ou 13,28-30). C’est même là qu’apparaît au plus haut point la paternité de Dieu telle qu’elle avait été entrevue dans la première alliance : "La promesse faite aux pères, Dieu l’a pleinement accomplie à l’égard de nous, leurs enfants, quand il a ressuscité Jésus, comme il est écrit au psaume second, Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré" (Ac 13,32-33, citant Ps 2,7). De même que la croix manifestait la fidélité filiale de Jésus, sa résurrection est la manifestation de la paternité de Dieu. Le mystère pascal dit la Trinité. Il est bien le centre de la catéchèse.

Et le Saint-Esprit ?

"C’est vrai que nous n’en parlons pas souvent", avouent les catéchistes avec une certaine mauvaise conscience. Mais pourquoi ne pas commencer par reconnaître, déjà dans l’écriture et tout au long de la tradition de l’église, une certaine discrétion du Saint-Esprit ? Jamais il ne se met lui-même en avant. Il semble n’être là que pour témoigner du Père et du Fils, nous faire prier "Abba, Père" (Rm 8,15) et nous faire proclamer "Jésus Seigneur" (1 Co 12,3). Tout se passe comme s’il s’effaçait pour leur faire place.
Il y a d’ailleurs là, peut-être, un chemin, une ouverture, vers la découverte du mystère trinitaire, comme mystère d’effacement et d’extase mutuelle, où chacun ne semble soucieux que de mettre en avant les deux autres. Un peu comme dans certaines familles particulièrement unies, au moins dans de grandes occasions, on voit chacun rempli d’admiration pour les autres et avant tout soucieux de s’effacer pour les mettre en valeur. Le Père, Jean l’atteste (1,18), "nul jamais ne l’a vu", et il ne se manifeste que par l’oeuvre de ses "deux mains", comme dit Irénée, le Fils et l’Esprit. Et le Fils, Jésus, ne passe pas son temps à proclamer "Je suis le Fils de Dieu" et à essayer de prouver sa divinité : il n’est là que pour témoigner du Père, de sa miséricorde pour tous, et pour nous donner l’Esprit qui nous en fera vivre. C’est dans la même logique, une logique de "kénose", diraient ceux qui aiment les grands mots, en reprenant le mot grec par lequel l’hymne de l’épître aux Philippiens exprime le sacrifice de Jésus (Ph 2,7), que le Saint-Esprit est tout entier au service de la révélation du Père et du Fils.

Au commencement de tout

C’est un fait que beaucoup de chrétiens mettent du temps à découvrir le Saint-Esprit, et ce n’est pas surprenant. Saint Grégoire de Naziance, l’un des grands évêques catéchètes du IVe siècle, à l’époque où l’église mettait au point, dans ses conciles, une expression plus précise et plus rigoureuse de la foi, faisait remarquer la pédagogie de Dieu dans la révélation progressive de la Trinité : "L’Ancien Testament a clairement annoncé le Père, et le Fils de manière obscure. Le Nouveau a révélé le Fils et fait entrevoir la divinité de l’Esprit. Maintenant, l’Esprit habite parmi nous et se manifeste plus clairement. Quand la divinité du Père n’était pas encore connue, il n’aurait pas été prudent d’annoncer ouvertement celle du Fils ; et quand la divinité du Fils n’était pas encore admise, il ne fallait pas imposer, si j’ose dire, un nouveau poids aux hommes en leur parlant de l’Esprit Saint... Il fallait s’avancer de clarté en clarté, par des progrès et des poussées toujours plus brillantes, pour voir luire la lumière de la Trinité (2)."
Cette même progressivité se retrouve dans l’itinéraire spirituel de beaucoup de chrétiens, qui ne prennent que tardivement conscience de l’existence et de l’importance de l’Esprit. Beaucoup découvrent le Saint-Esprit comme en se retournant pour relire, après coup, un moment important de leur existence. Ce peut être un adulte lors de son baptême, après des années de cheminement, ou un couple lors d’un anniversaire de mariage, ou tout simplement quelqu’un qui, lors d’une retraite spirituelle, prend le temps de relire sa vie pour y discerner l’oeuvre de Dieu. Les uns et les autres, paraphrasant Jacob à Béthel (Gn 28,16), s’écrient alors : "Le Saint-Esprit était là et je ne le savais pas !"
Là est le paradoxe de l’Esprit, dont la catéchèse devra tenir compte : il est de tous les commencements, et on ne le découvre qu’au terme. Il est là dès le début, et on ne s’en aperçoit qu’à la fin. "Au commencement était l’Esprit", pourrait-on dire, en transposant pour la troisième personne ce que Jean proclame du Fils. L’Esprit est bien au commencement de la création, comme une première Pentecôte, là où la Genèse l’évoque comme un grand oiseau couvant les eaux primordiales afin que la vie y surgisse : "L’esprit de Dieu planait sur les eaux" (Gn 1,2). Il est au commencement de la nouvelle alliance, lors de l’annonce faite à Marie, venant sur elle afin que, nouvelle création, le Christ prenne corps dans notre histoire : "L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu" (Lc 1,35). Et l’Esprit est au commencement de l’église, à la Pentecôte, venant sur l’église comme il était venu sur Marie, afin que par l’église, sa mission et ses sacrements, la présence et l’action du Christ se perpétuent de siècles en siècles.
Il n’y a donc pas de catéchèse de la Trinité sans une catéchèse de l’Esprit, qui ne consiste pas à ajouter un troisième à ce qui est déjà dit du Père et du Fils, mais à prendre conscience de la présence et de l’action du Saint-Esprit, dès le commencement, en toute catéchèse, en tout itinéraire de foi.

En parler comme de quelqu’un

La vraie difficulté en catéchèse, c’est de faire percevoir le Saint-Esprit comme quelqu’un. Partant de l’action de l’Esprit en nous et dans le monde, nous en parlons facile-ment comme d’une force, d’un élan, d’un dynamisme. Viennent habituellement les images et les symboles de l’Ancien Testament : un souffle, un feu, une eau qui désaltère. Mais bien souvent, même dans des homélies de confirmation, on en reste là.
La catéchèse la plus explicite et la plus complète que nous ayons dans le Nouveau Testament sur l’Esprit, au-delà du très beau chapitre 8 de l’épître aux Romains, qui ne parle que de l’oeuvre de l’Esprit, est sans doute le discours d’adieu de Jésus dans l’évangile de Jean, le discours après la Cène, juste avant l’arrestation. L’évangéliste y présente sous la forme d’un testament les dernières consignes de Jésus à ses disciples. Et à quatre reprises, dans ces chapitres 14, 15 et 16 de Jean, revient le thème de l’Esprit. Ce que Jésus dit alors de l’Esprit ne peut pas seulement être dit d’une force, d’un dynamisme. Il en parle tellement comme de quelqu’un, en lui attribuant des actions personnelles : l’Esprit entend, il parle, il communique, il témoigne, il enseigne, il rappelle. Il n’est pas seulement envoyé, il vient. Jésus l’appelle "l’autre paraclet" : il est auprès de nous comme un défenseur, un soutien, un témoin. Et en disant "l’autre" paraclet, Jésus suggère qu’il est, lui, Jésus, le premier, comme d’ailleurs Jean le rappellera aux premières communautés : "Nous avons un défenseur (paracletos) devant le Père, Jésus Christ" (1 Jn 2,1). Cette analogie, cette symétrie, entre les deux "paraclets", manifeste que la communauté de saint Jean avait bien perçu la personnalité de l’Esprit.
Dans une catéchèse aujourd’hui, le Saint-Esprit pourra, de la même façon, être reconnu comme une personne, la troisième personne, si, en parlant de son oeuvre, on lui attribue ainsi des actions personnelles, et si, dans la prière, comme nous l’avons vu, on s’adresse aussi à lui comme à quelqu’un. Même avec des enfants très jeunes peuvent inter-venir, par touches successives, des expressions du genre : "Prenons maintenant quelques instants pour demander au Saint-Esprit qu’il nous éclaire." Une catéchèse plus théorique, nécessairement plus abstraite, sur la Trinité peut ne venir qu’ensuite, comme un commentaire de ces premières prières.

Ne coupez pas !

Ainsi, faisant ensemble le point au terme d’une année, des catéchistes pourraient très bien constater que, peut-être sans jamais avoir utilisé le mot Trinité, en fait, ils ont constamment parlé du Père, du Fils et de l’Esprit. Le vrai risque serait d’en parler de façon séparée, différant par exemple, pour des raisons faussement pédagogiques, l’annonce du Père ou de l’Esprit.
Il est important de vérifier régulièrement notre insistance sur le lien entre les trois. Il n’est pas pensable de parler longuement de Jésus sans qu’à un moment ou à un autre on fasse mention du Père qui l’envoie et auquel il se réfère sans cesse. Ce serait fausser la perspective que de parler longue-ment du Saint-Esprit et de son oeuvre sans dire et redire que c’est l’Esprit de Jésus, et non je ne sais quelle force impersonnelle. Et parler de Dieu, de sa puissance créatrice, sans mentionner, au moins au passage, qu’il est le Père de Jésus et qu’il vit en nos coeurs par son Esprit ne serait pas chrétien.
Bien sûr, on ne peut pas parler de tout en même temps à chaque rencontre de catéchèse : il y a des parcours, des programmes, des pédagogies successives. Mais, dans ces itinéraires, la Trinité ne saurait être une étape, un moment, même un point culminant. L’annonce de l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit, amour qui tout à la fois les unit et nous invite, ne peut être que le fil directeur de la catéchèse, même pour de très jeunes enfants. Tous les Trois dans tous les sacrements
C’est particulièrement important pour l’initiation aux sacrements, où trop souvent nous sommes tentés de distinguer au point de séparer. Spontanément, nous parlons du Père à propos du baptême ou du sacrement de réconciliation : c’est lui qui accueille, qui fait vivre ses enfants (le baptême nous fait "enfants de Dieu et de l’église"), c’est lui qui nous fait revivre par son pardon, lui "le Père prodigue". Assez facilement, aussi, nous faisons de l’eucharistie le sacrement de notre communion au Christ, et de la confirmation le sacrement du Saint-Esprit. Tout se passe-rait alors comme si chacune des trois personnes avait ses sacrements.
Or, nous avons déjà souligné la structure trinitaire du baptême et de l’eucharistie. Dans chaque sacrement, chacune des trois personnes est impliquée. En particulier, l’action de l’Esprit Saint ne se limite pas à la confirmation. Le baptisé déjà reçoit le Saint-Esprit, l’Esprit du Christ qui le fait enfantde Dieu, tout tourné vers le Père. Il le recevra de nouveau tout au long de sa vie, à chaque fois dans une situation particulière, pour une mission spécifique. A la confirmation, l’Esprit vient sur le baptisé, souvent à l’aube de l’âge adulte, pour qu’il devienne pleinement partie prenante de la vie de l’Eglise et de sa mission. Dans le sacre-ment du pardon ou l’onction des malades, c’est bien la force de l’Esprit que l’homme reçoit dans sa faiblesse et jusque dans son péché, comme une puissance de résurrection. C’est le même Esprit qui fait du couple chrétien, dans le sacrement de mariage, le signe tangible de la fidélité de Dieu dans son amour définitivement offert à l’humanité. C’est l’Esprit donné par Jésus à ses apôtres, Esprit déjà communiqué par Moïse aux anciens en Israël, qui, dans l’ordination, par l’imposition des mains, est donné aux évêques, aux prêtres et aux diacres pour qu’ils servent l’église et l’humanité à l’image du Christ Pasteur et Serviteur. Et celui qui, au nom du Christ, préside l’eucharistie, appelle la venue de l’Esprit sur le pain et le vin, puis sur la communauté tout entière, de telle sorte que, dans la communion, tous soient indissolublement remplis de l’amour du Père, assimilés au Christ et abreuvés du Saint-Esprit. "Nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre demeure", avait dit Jésus, au pluriel, en parlant du croyant (Jn 14,23).
Tout sacrement est don de Dieu, initiative du Père qui, par son Esprit, nous configure davantage au Christ, pour que nous soyons sa présence, son visage, son corps, son église, pour la vie du monde. Tout sacrement prolonge et actualise ainsi l’Incarnation, cette Incarnation du Fils qui est bien l’oeuvre commune du Père, du Fils et de l’Esprit. La catéchèse ne devrait jamais dissocier cette oeuvre commune, où Dieu, dans ce qu’il fait pour nous, laisse entrevoir qui il est : relation, communion, avec le Fils et l’Esprit.
C’est pourquoi, lorsque, pour marquer un moment fort dans la vie d’un jeune, étape vers le baptême, ou première profession de foi pour ceux qui ont été baptisés dans l’enfance, ou même affirmation de la foi lors de la célébration de la confirmation, enfants ou jeunes sont invités non seulement à reprendre les mots du credo transmis par la tradition, mais aussi à exprimer leur foi de façon plus personnelle, avec leurs mots à eux, il est important de veiller à ce que cette expression intègre quelque chose de la foi trinitaire de l’église. Bien sûr, il faut respecter les étapes, les délais, le cheminement de chacun à son rythme, mais il faut rester conscient que s’en tenir à "Je crois que Dieu a créé le monde et qu’il aime tous les hommes", ou "Je crois que Jésus sera toujours avec moi" n’est pas encore l’expression de toute la richesse de la foi chrétienne dans ce qu’elle a d’original, telle qu’elle nous est transmise depuis vingt siècles pour que nous en vivions. Il est important que, jusque dans l’expression personnelle de leur foi, des jeunes, par exemple des élèves de 5e lors de leur profession de foi, soient invités à faire référence au Père, au Fils et à l’Esprit.

A quoi ça sert ?

Et c’est là que la catéchèse retrouve nécessairement la question de l’enjeu. Parler du Père, du Fils et du Saint-Esprit à de jeunes enfants ou à des catéchumènes adultes n’a pas grand sens si c’est simplement pour s’attirer la réflexion : "Ouh la la ! que c’est compliqué !" L’idéal, évidemment, serait que l’un ou l’autre en vienne à s’écrier : "Que c’est beau !" C’est bien pourquoi la catéchèse de la Trinité devrait passer de façon privilégiée, comme c’est le cas en Orient, par les célébrations liturgiques et aussi, nous allons y revenir, par l’image et l’icône, à condition bien sûr que les unes et les autres soient belles.
Mais il est aussi possible et nécessaire de suggérer, dans la catéchèse, que cette vérité de la Trinité n’est pas sans rapport ni sans incidence sur notre vie quotidienne. Saint Augustin, et beaucoup d’autres à sa suite, ont cherché à mettre en évidence des liens, des ressemblances, des comparaisons possibles entre la Trinité et la vie de l’homme, sa psychologie, sa vie de relations. Ce n’est pas arbitraire puisque nous savons l’homme à l’image de Dieu.
Dans une catéchèse, même avec de jeunes enfants, il faut pouvoir dire que Dieu n’est pas solitaire. L’enfant connaît bien et le partage et la solitude. Il en fait très tôt l’expérience dans sa famille, à l’école, dans ses jeux. Il sait ce qu’il en coûte de vouloir partager, mais il a encore plus peur de rester tout seul. L’admiration mutuelle, la joie d’agir et de réussir ensemble, la communion dans la fête, l’acceptation de s’effacer un peu pour mettre l’autre en valeur, l’enfant connaît. Il s’intéresse, au moins à la télévision, au football ou à un autre sport d’équipe. Le paradoxe, c’est que, lorsque, sur le terrain, un copain lui crie "personnel !", c’est juste-ment pour lui reprocher de vouloir se mettre en valeur en essayant de marquer un but tout seul. Pas simple ensuite de lui faire comprendre que la personne, la vraie, c’est le contraire de l’individualisme !
L’enfant perçoit très bien que, lorsqu’on s’aime, on voudrait ne faire qu’un. C’est le rêve des amis, le désir des amoureux. C’est aussi la maman qui serre contre elle son tout-petit, la chair de sa chair, comme si elle allait le croquer. Mais l’enfant peut aussi comprendre qu’il n’est pas le clone de sa mère, et que l’amitié, l’amour, n’est pas fusion, confusion : chacun doit rester lui-même, devenir lui-même, pour que la rencontre soit enrichissante.

Éclairante, la Trinité !

La révélation de la Trinité doit donc l’éclairer sur ce dynamisme de communion, d’union sans confusion, dont il pressent, plus ou moins confusément, le désir en lui. Mais en même temps cette expérience fondamentale que pour être véritablement un il faut être plusieurs, si on lui permet de la dire, de l’expliciter, peut lui être une approche moins abstraite, plus existentielle, de la Trinité. L’enfant peut entrevoir d’abord que cela n’est pas absurde, puis que c’est beau, comme l’amour est beau, et enfin que c’est vrai, non seulement parce que Jésus l’a dit et que l’église l’a toujours enseigné, mais surtout parce que cela correspond bien à quelque chose qui est vital pour nous.
Alors, trop compliquée pour la catéchèse, la Trinité ? Certainement pas. Ce sont nos expressions qui le sont, inévitablement. Ce qu’il nous faut parvenir à suggérer, le chemin qu’il nous faut ouvrir, c’est qu’en fait la Trinité, comme tout mystère, dont c’est d’ailleurs la définition, est éclairante. Avec une sorte de réciprocité : certaines expériences humaines fortes, et la plus forte est celle de l’amour, peuvent nous aider à entrevoir quelque chose de la lumière trinitaire, et, en retour, ce que nous entrevoyons alors est singulière-ment éclairant, et exigeant, pour l’amour que nous essayons de vivre.
Telle est l’une des principales clés de la catéchèse : toute révélation sur Dieu, à moins d’être une vaine curiosité, est toujours lumière sur nous-mêmes et notre vocation, et tout approfondissement de ce qui nous fait vraiment vivre est toujours chemin vers la révélation de Dieu.

Petite histoire de l'Ascension
ascension
Une grande fête dont le sens est souvent méconnu... mais dont la réputation est grande grâce au fameux "pont de l'ascension" !

Le jour de l'Ascension tombe toujours un jeudi. Pourquoi ? Car cette fête se célèbre 40 jours après le dimanche de Pâques, jour de la Résurrection de Jésus. Donc, faites le compte...
Ce chiffre de quarante jours provient du livre des Actes des Apôtres où Luc écrit que Jésus "pendant quarante jours, était apparu aux apôtres et les avait entretenus du Royaume de Dieu" (Ac 1, 3). L'Eglise a retenu ce chiffre alors que pour les évangiles de Marc ou de Luc aucune mention n'est faite de ce délai de quarante jours. Bien au contraite leurs récits se gardent bien de donner le moindre délai comme si les événements de la Résurrection de Jésus, les apparitions du Ressuscité, son ascension et le don de l'Esprit étaient une seule et même réalité.
Toujours est-il que depuis le IVème siècle, l'Eglise a fixé la date de cette fête de l'Acsension 40 jours après Pâques. Il y a clairement l'intention de faire le pendant au 40 jours du Carême : après 40 jours de prières et de jeûnes, 40 jours de fêtes et de joie !
Assez rapidement la tradition chrétienne a situé l'Ascension sur le lieu du mont des Oliviers. Jardin en face de la ville de Jérusalem, lieu de rencontre habituel de Jésus et de ses disciples. Sur place, la tradition dit qu'on peut même voir la trace des pieds de Jésus qui serait restée visible sur le rocher !
De toutes les façons il est inutile de chercher à savoir, malgré les précisions données dans les récits bibliques, les conditions réelles de cet événement. Ce qui, en revanche est plus manifeste - et tel est le sens premier qui apparaît dans les récits bibliques - c'est la signification que revêt cet événement : en montant aux Cieux, Jésus exprime ce que signifie sa résurrection d'entre les morts, à savoir entrer dans la gloire de Dieu. Tel est aussi notre avenir : entrer nous aussi dans cette gloire du Père qui nous est promise.
Très rapidement cette fête a connu une très grande importance. En France, lors du concordat signé entre Bonaparte et la pape Pie VII, l'Ascension est resté l'une des quatre fêtes d'obligation avec Noël, l'Assomption et la Toussaint. C'est-à-dire que même si ces jours ne tombent pas un dimanche, ils sont des jours chômés comme le dimanche. Aucun travail ces jours-là, mais grande fête et célébration dans les églises !
Cette obligation légale de jour chômé a été maintenue en 1905 lors de la renégociation des relations entre l'Etat français et l'Eglise catholique. C'est pourquoi, encore aujourd'hui, le jeudi de l'Ascension est férié!


Thierry Lamboley

trinite

 

Sommes-nous chrétiens ?
Père, Fils et Saint Esprit tel est Dieu en lui-même et pour nous !
            La fête de la Sainte Trinité résume toutes les autres. De Noël à Pâques nous avons parcouru l'histoire de la révélation que le Christ nous fait de Dieu. Et le Dieu auquel il nous invite à croire et à donner notre vie c'est le Dieu Père, Fils et St Esprit.
Etre chrétien c'est croire au Père au Fils et au St Esprit, un seul Dieu Trinité. C'est la structure fondamentale de la profession de foi baptismale. C'est sur cette révélation que l'Eglise est fondée. Mais sommes nous vraiment des croyants trinitaires ou de vagues déistes qui se perdent dans un problème de mathématiques lorsqu'ils entendent un seul Dieu en trois personnes ?
Croire en Dieu Trinité est le coeur de ce que le Christ est venu nous révéler. Son projet est de nous rendre participants de Dieu et de nous faire entrer dans la vie éternelle c'est à dire non pas la vie après la mort mais, dés maintenant, à travers peines et joies quotidiennes, de nous rendre vivants de la vie qui est Dieu lui-même. Extraordinaire nouvelle, merveilleuse paix au fond de notre être nous sommes faits pour être en Dieu, "par Lui avec Lui et en Lui !" Notre demeure c'est le coeur même de Dieu.
De quelle vie de Dieu le Christ témoigne-t-il ? Toute son histoire parmi nous est l'histoire d'un Fils. Et être fils pour lui c'est se recevoir sans cesse d'un autre. Il nous parle ainsi d'une source , d'un être source de toutes choses et de toute vie et qu'il appelle son Père et notre Père. Le dynamisme qui est en lui, le souffle qui remplie sa vie et qui le pousse sur les chemins de Palestine jusqu’à la croix, son Esprit, il nous dit qu'il lui est donné par son Père et qu'il le répand en nos coeurs. Ce souffle, cette énergie est sa communion avec le Père et cela lui fait dire : "le Père et moi nous sommes un".
Son projet est de venir habiter en nous : "Nous viendrons chez vous et nous ferons de vous notre demeure." Dieu se révèle ainsi à travers le visage de Jésus comme plénitude d'amour et plénitude de réciprocité. Croire et vivre de la foi en Dieu Trinité c'est entrer dans cette dynamique de la plénitude de l'amour puisque nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu.
Voilà pourquoi nous croyons que nous ne sommes pas propriétaires de la vie, de notre vie, mais que nous la recevons comme une grâce, comme une chance, comme une liberté à faire. Etre croyants de ce Dieu c'est accepter la vie, toute sa vie avec toutes ses déterminations. Etre croyants de ce Dieu c'est décider, à chaque instant, d'aimer et vouloir que cette dynamique de l'amour soit la plus efficace. Etre croyants de ce Dieu c'est marcher vers un avenir, vers quelqu'un. C'est avoir une vie finalisée par un appel, une promesse. C'est aller vers le Père de tous les hommes et de toute vie. C'est vivre pour la gloire de Dieu.
Croire en la Trinité ce n’est pas faire confiance à une idée un concept de Dieu c’est entrer en relation avec la Personne de Dieu qui n’est que relation de personnes…. Pour être , à son image, une personne pour les autres.

P. Jean ROUET

Pentecôte
J’ai été confirmée quand j’avais 10 ou 11 ans : le moment le plus important, ou tout au moins le plus visible, c’était la claque de l’évêque ou plutôt, devrais-je dire, la petite pichenette. Peut-être, justement qu’il aurait dû frapper plus fort, l’évêque, parce que les sept dons du Saint Esprit, dont je suis bien incapable d’énumérer la liste sans l’aide d’un vieux catéchisme, j’ai bien l’impression que je les attends toujours.
Exemple : les apôtres, après avoir reçu le Saint Esprit, parlaient toutes les langues, ou ils se faisaient comprendre de tous. Moi, mes notes en anglais ont continué à être lamentables. Eux, ils étaient pusillanimes, ils sont devenus courageux, braves ; ils étaient taisants, ils sont devenus parlants, non pas à tort et à travers, mais avec conviction, avec force et intelligence. Ils ont changé du tout au tout. Eh bien, pas moi, pas de changement spectaculaire.
J’ai été un peu déçue. Je dis un peu, parce que je n’y croyais pas vraiment ; autour de moi, toutes les grandes personnes avaient été confirmées dans leur jeunesse, et aucune ne me paraissait habitée par un feu intérieur dévorant.
Pourquoi cette différence entre les apôtres et mon entourage ? L’Esprit Saint est toujours le même ; lui, il n’a pas changé. Pourquoi vient-il maintenant à si petite vitesse, au goutte à goutte pourrait-on dire, alors qu’il y a 2000 ans, il s’est présenté comme un souffle puissant, un torrent impétueux, une force invincible ?
On me dira ça dépend des besoins des époques ; bon et c’est vrai que pour débuter, l’Eglise avait besoin d’un sérieux coup de pouce, et les évènements ont fait que, presque tous les apôtres ont eu à souffrir pour leur Foi. Beaucoup parmi les premiers chrétiens sont devenus martyrs ; autrement dit, plus vous êtes témoin, plus l’Esprit Saint se montre actif. Jésus l’avait dit d’ailleurs : Ne vous inquiétez pas de ce que vous aurez à répondre si vous êtes devant un tribunal, l’Esprit Saint parlera pour vous.
A nous aussi, ça arrive de temps en temps, quand on est interpellé sur notre religion ; et on s’entend dire des choses auxquelles on n’avait pas vraiment pensé, et qui, à la réflexion, se révèlent très justes. On sait que ce n’est pas nous tout seuls qui les avons dites. On était porté, inspiré. Mais encore faut-il être dans une situation où notre témoignage est requis.
Alors, si je passe ma vie sans être témoin du Christ, pourquoi l’Esprit Saint se dérangerait-il ? Je crois que j’ai trouvé l’explication que je cherchais au début de cette réflexion. En tout cas, elle me convient pour le moment.
Vous voyez bien que l’esprit Saint intervient quand le besoin s’en fait sentir.
Françoise REYNES
Laïque mariste

Marie, disciple du Christ
pentecote
En ce mois de Mai  croire.com vous invite à redécouvrir en Marie une disciple. De la crèche à la résurrection, elle est  à l'écoute de celui qu'elle a mis au monde. Mais savons-nous bien la prier ?
 
" Qui est ma mère et qui sont mes frères ? "
C'est un jour comme les autres sous le soleil de Galilée. Dans la foule venue écouter Jésus, Marie cherche son Fils. " Voici ta mère et tes frères qui se tiennent dehors et cherchent à te parler " rapportent les disciples à Jésus. Jésus prononce alors ces étranges paroles : " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? ". Et tendant la main vers ses disciples, il ajoute : " Voici ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une soeur et une mère. " (Mat 12)
On peut lire ces lignes d'Evangile avec effroi, en trouvant Jésus bien ingrat. Comment peut-il mettre de côté celle qui l'a mis au monde, l'a nourri, a veillé sur ses nuits, lui a fait connaître les prières et la Loi du peuple juif ?
On peut aussi y voir, discrètement, un très bel hommage. Car qui est Marie, sinon justement celle qui a toujours " fait la volonté du Père ", écoutant la Parole de Dieu et la mettant en pratique. Par ces paroles, Jésus fait de Marie plus qu'une mère, il la reconnaît comme sa disciple.
En ce mois de mai où nous fêtons Marie, CROIRE.COM
vous invite à redécouvrir le visage de cette disciple du Christ, dont le courage et la tendresse sont un témoignage pour tous les chrétiens.
Nous avons réunis sur cette page la grande majorité des dossiers, prières et animations en accès libre. Si vous êtes curieux de la vie de Marie, de ce qu'en dit l'Eglise, des lieux où elle est apparue et de ceux qui ne sont pas reconnus, vos recherches ne seront pas vaines! Depuis sa création, croire.com a en effet réuni un nombre impressionnant de documentation et d'avis d'experts.
Mais vous êtes peut-être plus enclins à la prière et à la méditation. Ici encore, croire.com a réuni pour vous de très  belles prières et des textes issus de la tradition chrétienne que vous pourrez conserver sans problème. Et ne nous quittez pas sans cliquer sur notre cyber chapelet!
Bon surf à tous et bon vent avec Marie!    

webmaster : jpabouton@sfr.fr

 

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