PORTRAITS
Interview de Mgr Laurent DOGNIN notre nouvel évêque auxillaire sur KTO

Christian ALEXANDRE
LEGE-CAP-FERRET. -- L'hiver, le père Alexandre enseigne la philosophie à Madagascar. L'été, il officie sur la presqu'île, où il est connu de tous. Il souhaite qu'un jeune Malgache prenne sa succession
Un curé insulaire et insolite
Axelle, Swann et Amaury ont été baptisés dimanche 9 juillet au Ferret, en l'église Notre-Dame-des-Flots, au bord de l'eau. Amaury a 3 mois, ses parents se sont mariés il y a un an, jour, pour jour, à Pomerol. Trois ou quatre enfants sont baptisés chaque dimanche, en juillet et en août. On se marie un peu l'été au Cap-ferret, moins cependant qu'en mai, juin et septembre, et on fait, de plus en plus souvent, baptiser ses enfants. Certains sont inscrits avant la naissance, comme dans les crèches.
La plupart ne sont pas nés ici, mais leurs parents y viennent en vacances parfois depuis très longtemps, et ils trouvent plus sympa d'organiser cette cérémonie au Ferret. En général, il ne s'agit pas de « people », mais une fois, le bébé concerné avait un grand-père célèbre, un homme politique, un certain François Bayrou.
Le père Alexandre est habitué à ces baptêmes. Cela fait dix ans que tous les étés il officie au Cap-Ferret. Ce prêtre décontracté, affable, qui se déplace à vélo et à moto, est très connu et apprécié, même de gens dont on peut supposer qu'ils fréquentent assez peu l'église.
On loue sa capacité d'écoute, son ouverture d'esprit, son originalité et son humour. Récemment, un dimanche, nombre des personnes présentes à la messe se sont amusées de l'entendre dire à propos d'une lettre de saint Paul évoquant la nécessité de partager son superflu : « Je ne vais pas commenter ça ici, on va me traiter de communiste. »
Ancien responsable de la JOC. Originaire du Béarn, où ses parents demeurent actuellement (en vallée d'Ossau), Christian Alexandre fut responsable de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) de Gironde pendant six ans. Ensuite, on lui a proposé d'aller au Cap-Ferret : « J'ai été surpris car c'est un peu différent ici... », remarque-t-il en riant.
Il s'agit d'une mission à mi-temps. Le père Alexandre arrive en mars et repart en octobre... pour Madagascar. Titulaire d'un doctorat en philosophie, il enseigne cette discipline à des jeunes Malgaches voulant devenir prêtres, à Tananarive et à Antsirabé, où il réside.
Chaque année, malgré l'expérience, le retour sur la presqu'île est « très dur. Je quitte un pays prisonnier de ses traditions, qui évolue peu, où les gens sont dans la misère, où ils ne peuvent ni se soigner l'espérance de vie est de 50 ans et beaucoup d'enfants meurent en bas âge ni manger correctement, et j'arrive dans un autre pays où l'on gaspille et où les gens se plaignent. Je trouve cela un peu scandaleux, surtout ici. Je mets un mois à m'habituer, à comprendre qu'effectivement les gens ont aussi des problèmes, même si ce n'est pas les mêmes... »
Pas des vacances. Pour le père Alexandre, Cap-Ferret ne rime pas avec congés. Il s'occupe très sérieusement des préparations aux mariages et aux baptêmes. Il implique l'entourage, demande, pour les baptêmes, aux parents de dire, lors de la cérémonie, pourquoi ils baptisent leurs enfants. Et quelles que soient les raisons du choix du Ferret, le père Alexandre estime que c'est toujours « une occasion de faire le point. Je leur demande de réfléchir. »
Sur rendez-vous ou à l'improviste, selon ses disponibilités, le père Alexandre reçoit volontiers les vacanciers ayant envie de discuter. Il prépare la liturgie pour la messe quotidienne à 9 heures et le dimanche bien sûr. Ce jour-là, l'église est pleine : « Il y a de plus en plus de monde, des jeunes et des adolescents. En semaine, l'été, de 30 à 70 personnes viennent le matin. Et au 15 août, les trois offices sont suivis par un millier de personnes en tout. » A noter que des messes sont également dites à Piquey et à Lège.
Le père Alexandre fréquente également les pêcheurs, les ostréiculteurs, il se baigne, fait du vélo et écrit sur son blog. Ou des ouvrages. Trois ont déjà été publiés : « Etre mystique », une présentation de la pensée de sainte Thérèse d'Avila et de saint Jean de la Croix, pour le grand public, avec en couverture un dessin de Claire Brétecher; « Oser des projets » (philosophie) et « Le Malgache n'est pas une île », un essai philosophique.
En octobre, son départ pour Madagascar sera le dernier. Il souhaite que de jeunes Malgaches prennent sa succession : « Ils en sont capables, mais si je reste, ils ne le feront pas. » Et puis, il a aussi envie de rester en France. Pour l'heure, il ignore ce qui lui sera proposé. Certainement pas la presqu'île, où sa présence ne pourrait se justifier toute l'année.
Article paru dans SUD-OUEST le 17/07/2006