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Projet pastoral diocésain

La frugalité heureuse : chemin pour l’avenir de l’homme
Texte proposé à la réflexion des communautés chrétiennes par l’équipe du chantier écologie à l’occasion du carême 2012

Le théologien catholique Maurice Bellet, remarque que les sociétés du Nord vivent selon un double principe : 
        1. le principe technologique selon lequel, tout ce qui est possible, nous le ferons ;
        2. le principe économique selon lequel, tout ce qui nous fait envie, nous l’aurons. 
Ce double attrait pour la toute puissance et la possession engendre un développement sans limites aux effets pervers nombreux et dramatiques, parmi lesquels une destruction accélérée de l’environnement et la misère du plus grand nombre. 

Dans un monde fini, il y a un rapport direct entre la consommation des uns et le manque des autres. La richesse des uns a un revers : la misère des autres. 

La société de consommation érigée comme une fin en soi et oublieuse du bien commun, apparaît comme une violence majeure. Toute appropriation qui ne correspond pas à un vrai besoin est un détournement, donc un vol. 
St Jean Chrysostome, évêque de Constantinople au IV° siècle, cité par le Catéchisme de l’Eglise catholique, disait : « ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs. » 
L’Eglise en arrive à considérer comme moralement inacceptable toute pensée économique dont la finalité n’est pas la destination universelle des biens ; un tel système relève tout bonnement du septième commandement qui condamne le vol. 

Le souci de la justice la plus élémentaire impose de remettre en cause le double principe évoqué par Maurice Bellet et qui fonde, de fait, la pensée unique. 

Deux axes s’imposent : 
1. sur le plan collectif, remettre en cause le modèle de développement et les modes de vie dominants ; 
2. sur le plan individuel, témoigner par un engagement personnel fort. L’engagement pour une frugalité heureuse est un moyen pertinent pour dire « non » à cette forme de violence. 

Une sobriété juste 
« Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre » affirmait Gandhi-dji : souci de justice et lutte contre la pauvreté sont déterminants dans le choix de la frugalité. 
- Puisqu’il y a un rapport direct entre la surconsommation des uns et la sous-consommation des autres. 
- Puisque consommer et dépenser sans discernement, en refusant d’en voir les conséquences, c’est se fermer, même inconsciemment, à la nécessaire justice pour tous. 
- Alors, aller à contre-courant d’une consommation sans retenue apparaît comme un véritable moyen de résistance à l’injustice. 

Une sobriété « politique » 
La frugalité est une manière très concrète de vivre la solidarité avec les pauvres. Elle devient « politique » quand elle s’affirme comme une contestation du système de répartition des richesses et qu’elle se veut recherche de solutions et initiatives collectives alternatives. 
Dans le contexte actuel de mondialisation, d’ultralibéralisme, de menaces sur l’environnement, l’enjeu apparaît d’importance en mettant l’accent sur un autre modèle de développement, qui ne passe plus par l’acquisition sans fin de biens, on cesse aussi de faire désirer un mode de vie qui n’est pas généralisable. 

Une sobriété libératrice 
Choisie librement, la sobriété conduit à marquer une rupture à l’égard de toute richesse poursuivie pour elle-même. Dans la mesure où elle nécessite un discernement pour user des choses en conscience et en vérité, elle devient un instrument de libération par rapport aux « idoles » de la société de consommation. Et permet des prises de conscience. 
Et si la sobriété n’était pas restriction mais libération ? 
Et si la pauvreté recherchée était une richesse ? Celle d’être libre et disponible à ce à quoi le cœur humain aspire au plus profond de lui-même ? 
Et s’il était vrai qu’il y a une misère des riches ? Jésus ne craint pas d’affirmer qu’« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au Royaume des Cieux » (Mt 19,24) 
Dans cet esprit, la sobriété apparaît comme une démarche spirituelle qui nous permet de porter plus loin le regard. Vécue comme un détachement et une libération des faux besoins, elle favorise aussi la disponibilité et le dynamisme nécessaires pour se tenir aux côtés de tous ceux qui sont démunis et écrasés par l’injustice. 

Un engagement moral 
Le choix de la frugalité est en lien avec le refus d’un « péché capital » : la gourmandise qu’il faut éviter de limiter aux excès alimentaires. Comme les autres péchés capitaux, la gourmandise, en nous centrant sur nous-mêmes, nous conduit à ignorer les besoins des autres. Les dérives dans lesquelles elles entraînent nous détruisent physiquement, nous détournent des vraies valeurs et nous enferment dans des besoins futiles dont les autres sont exclus. 
Renoncer aux consommations inutiles est donc une manière de vivre de plus près l’Évangile et de renouer avec les traditions les plus anciennes de l’Église. 

Une sobriété heureuse 
La première des béatitudes évangéliques associe bonheur et pauvreté (Mt 5,3). La pauvreté n’est pas la misère qu’il convient de combattre, c’est pour cela sans doute que Matthieu, contrairement à Luc, parle de pauvreté de cœur. Une pauvreté subie ne rend pas heureux, il faut au moins quelle soit assumée et de préférence choisie. Mais l’inverse est problématique : celui qui prétend être pauvre de cœur sans se méfier de ses richesses et sans les partager peut être accusé d’hypocrisie. La sobriété se situe du côté de la pauvreté quand elle est partage. Et donc du bonheur. Et donc de la fête. Il est remarquable que les plus belles fêtes, celles qui témoignent du respect et de la convivialité, ne mettent pas l’accent sur l’avoir. 
Il faudrait éviter de confondre la frugalité avec la seule privation. Refuser les plaisirs et les moyens de s’épanouir risque de conduire à l’acédie, un autre péché capital (à ne pas confondre avec la paresse) et qui se caractérise par la perte du goût de la vie et des richesses spirituelles. Le but n’est pas de casser en nous l’envie de se dépasser et d’aimer, le désir de grandir dans la sainteté, d’exister comme personne, bien au contraire. La sobriété qui est méditation sur la nature réelle des besoins et des désirs ouvre des perspectives sur ce qui est capable de combler vraiment nos aspirations profondes. 

Un appel à la sobriété qui n’est pas réservé aux riches 
La pauvreté peut enfermer elle-aussi quand elle ne s’ouvre pas sur la solidarité et Jésus a fait l’éloge de la veuve pauvre qui a donné de son nécessaire quand d’autres se contentent de lâcher un peu de leur superflu (Marc 12, 42-44). Avec l’âge vient aussi la tentation du repliement sur soi, sur ce que l’on a appris, sur des pratiques anciennes. Les jugements sur ce que font les autres deviennent un obstacle à l’amour partagé. L’ouverture à la nouveauté est alors une sorte de frugalité et la pingrerie ne saurait être confondue avec une vertu. 
La frugalité est un renoncement choisi ou assumé. Elle ne prend toutes ses dimensions que quand elle se vit dans l’ouverture et le respect de la Création. 

Une sobriété exigeante 
Il n’y a pas de justice sociale sans remise en cause personnelle. Il en résulte la nécessité de changer de regard, de faire des « expériences avec la vérité », d’engager toute sa vie. La sobriété ne consiste pas seulement à faire des économies mais à s’interroger sur le superflu, le nécessaire, les conséquences sociales et environnementales de la consommation ; d’où un nécessaire travail de discernement. 

- Mes achats correspondent-ils à un besoin ? 
- Quels sont mes critères d’achats (provenance des produits, commerce équitable, produits éthiques, petits producteurs, artisans, commerçants…) ? 
- Quelle est ma responsabilité dans l’usage que je fais des biens (eau, déplacements, utilisation du matériel, soins médicaux…) ? 
- Comment gérer les placements (fonds de partage gérés par une société financière coopérative à but non lucratif), les biens immobiliers ? 
- Quels sont les partages que je juge essentiels ? Et ceux qu’il me reste à faire ! 
- De quoi ai-je besoin de me libérer pour vivre plus de solidarité ? 

Et si ce travail de discernement, de réflexion, d’analyse, de confrontation, de choix de nos modes de gestion et de consommation se fait collectivement, alors la sobriété est aussi créatrice de lien social et de convivialité. 

Tel nous apparaît l’engagement vers plus de sobriété , fait de tempérance, de modération, de retenue, de frugalité, de simplicité, de mesure ; tel il nous apparaît, capable de contribuer à l’instauration de plus de justice. 

Ce texte s’inspire d’un document élaboré par la commission Non-Violence de Pax Christi France

Respesct de de la création : voir Chantier écologie

Année sacerdotale diaporama

PARTAGER LA JOIE DE CROIRE ET DE VIVRE DANS LE CHRIST

Pour une nouvelle dynamique d’évangélisation
Lettre pastorale du cardinal Jean-Pierre RICARD, Archevêque de Bordeaux et évêque de Bazas


Chers amis,
Je vous invite à entrer pour les quatre ans qui viennent dans une nouvelle démarche d’évangélisation. Il s’agit de voir comment, tous ensemble, en Eglise diocésaine, nous répondons à l’appel du Seigneur : « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit .Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 19-20). Le Christ nous envoie pour signifier à quel point Dieu aime tous les hommes et les appelle à entrer en communion intime avec lui ; voilà l’espérance dont nous avons à rendre   compte (cf. 1 Pi  3,15) !  
Mais quel visage doit prendre l’évangélisation aujourd’hui ?

I – L’EVANGELISATION AUJOURD’HUI
Ecartons tout d’abord les fausses images de l’évangélisation. Celle-ci n’est pas une stratégie de reconquête d’une influence sociale perdue. Elle n’est pas non plus une vaste entreprise de marketing grâce à laquelle nous  chercherions coûte que coûte à placer notre produit. Elle est une œuvre de Dieu, une action du Saint Esprit dans les cœurs. Nous n’en sommes pas les maîtres. Nous n’en sommes que les serviteurs (cf. 1 Co 3, 5-9). Je ne sais pas quels seront les résultats de cette démarche diocésaine d’évangélisation. Ils appartiennent à Dieu et Dieu se révèle souvent comme le Seigneur de l’inattendu et de l’inédit. Mais je sais qu’il a besoin de nous, qu’il nous appelle à être les serviteurs de son action. Il faut nous préparer. Il nous faut être prêts.
Certains se demanderont pourquoi il y a aujourd’hui un nouveau projet diocésain d’évangélisation  alors que le diocèse s’en était déjà donné un, il a plus de dix ans. Tout simplement, parce que, comme la conversion à l’Evangile est toujours à reprendre, la disponibilité à la mission est toujours à recevoir du Saint Esprit. De plus, le terrain change, des évolutions s’accélèrent, des éléments nouveaux apparaissent au cours des années. Il nous faut donc sans cesse actualiser notre action missionnaire.

Nous sommes dans une société où le courant de sécularisation (c’est-à-dire d’éloignement vis-à-vis d’une appartenance ecclésiale, et même de la foi chrétienne) se poursuit. La baisse du nombre d’enfants catéchisés se fait sentir dans bien des paroisses. La Bonne Nouvelle n’apparaît pas si nouvelle que cela. Celle-ci n’est pour certains qu’un langage convenu, que des normes morales contraignantes ou des rites à pratiquer. L’intérêt est alors loin d’être au rendez-vous. Beaucoup de nos contemporains  semblent plus indifférents qu’hostiles à la proposition chrétienne. Or, un certain nombre d’hommes, de femmes, jeunes ou moins jeunes, posent des questions, sont en  recherche de sens, ont une véritable quête spirituelle.

Les catéchumènes, les adultes qui découvrent ou redécouvrent la foi et qui demandent la confirmation nous révèlent les attentes qui les habitaient.

Toute une génération de jeunes adultes  est étrangère à une véritable culture chrétienne mais manifeste une réelle curiosité. Ne brossons donc pas un tableau trop noir de notre situation. Le temps n’est ni aux lamentations ni aux anathèmes. C’est dans ce monde dont nous sommes que Dieu nous envoie. C’est dans cette société que l’Esprit Saint agit et nous précède. C’est cette humanité que nous avons à aimer comme Dieu et avec lui : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a  donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16).
Nos contemporains ont horreur de l’embrigadement. Ils sont allergiques à tout prosélytisme qui ne respecterait pas leur liberté. Cela ne doit pas pour autant nous paralyser mais nous inviter à entrer dans une annonce qui prendra souvent la forme du dialogue, du partage et de l’invitation, comme dans l’Evangile. Face à la recherche de bonheur, de sagesse, d’épanouissement personnel et d’art de vivre  que nous constatons autour de nous, nous avons à rendre compte de notre foi et de notre expérience chrétienne. Nous avons à rayonner la joie que nous donne le Ressuscité. Cette joie n’est ni l’euphorie ni la gaité superficielle. Elle est cette joie profonde et confiante que le Seigneur promet de donner à ses disciples, même au milieu des difficultés et des épreuves : «  Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » (Jn 15, 11), « Et cette joie nul ne vous la ravira. » (Jn 16, 22). Je suis frappé de la force du témoignage de la joie que peuvent donner un croyant ou une communauté croyante. La joie est communicative. Elle appelle à remonter à la source d’où elle jaillit. Elle est invitation au partage et au dialogue.
Pour entrer dans cette démarche d’évangélisation, je vous invite à lire et à méditer ce beau texte du livre des Actes des Apôtres : la rencontre de Pierre et de Corneille (chapitres 10 et 11, 1-18). Sans vouloir épuiser la richesse de ce texte, je soulignerais quelques points importants pour bien entrer dans notre démarche :
1)       Il s’agit d’une rencontre d’évangélisation qui va aboutir au baptême de Corneille ainsi qu’à celui de toute sa maison.

2)      Cette rencontre est mystérieusement voulue par Dieu. Corneille est mis en route par un ange de Dieu et Pierre par  une révélation reçue dans la prière.  Ni l’un ni l’autre ne savent ce qui va se passer. Ils sont surpris mais ils obéissent à Dieu. Dieu est présent dans leur mise en route et dans leur rencontre par l’action du Saint Esprit. Nous aussi, nous sommes les serviteurs mais c’est Dieu qui est l’acteur de l’évangélisation.

3)      C’est dans la rencontre que l’un et l’autre vont découvrir ce que Dieu attend d’eux : Pierre est appelé à annoncer le cœur de la foi chrétienne à Corneille et Corneille à s’ouvrir à la foi. Le dialogue et l’écoute sont les premiers pas de l’annonce. (Paul VI : Evangelii Nuntiandi n° 21-22)

4)      Dans l’évangélisation, il n’y a pas quelqu’un qui donne et l’autre qui reçoit. Tous les deux donnent et reçoivent. Corneille découvre la foi dans le Ressuscité et Pierre l’amour universel de Dieu qui invite à sa table tous les païens. Jamais Pierre n’aurait pu imaginer cela. Tous les deux repartent autrement qu’ils n’étaient arrivés. Ils sont transformés.  

5)      Pierre racontera à la communauté de Jérusalem comment il s’est laissé guider par le Saint Esprit, même à son corps défendant. Nous sommes loin de l’application d’un plan préétabli et de la mise en œuvre d’une stratégie définie à l’avance.

II – EXIGENCES POUR NOTRE VIE ECCLESIALE
Après avoir  mieux défini ce qu’est l’évangélisation et l’horizon humain sur lequel elle s’inscrit, il faut maintenant préciser quelles sont les exigences qu’implique  notre démarche pour toute notre Eglise diocésaine. On peut en retenir quatre. Elles sont comme autant de préoccupations que nous porterons tout au long de notre  projet.

1)     Vivre un élan spirituel

Vous connaissez l’appel de Jésus à Simon Pierre : « Avance au large et jetez vos filets pour attraper du poisson. » (Lc 5, 4). On peut traduire aussi « Avance en eau profonde. » Dans leur Lettre aux Catholiques de France, publiée en 1996, les évêques avaient souligné combien cette double traduction possible était source de sens : « Ces deux mouvements se révèlent inséparables : celui ou celle qui se laisse entraîner, par la foi, dans la profondeur du mystère de Jésus crucifié et ressuscité, se trouve, d’une manière ou d’une autre, envoyé dans le monde pour y annoncer l’Evangile. La largeur de la mission ne peut être dissociée de la profondeur de la foi. » (p.107)  Nous ne pouvons véritablement être missionnaires que si  nous nous laissons intérieurement renouveler par Dieu. Pas d’évangélisation sans approfondissement spirituel. Ne peuvent évangéliser que ceux qui se laissent eux-mêmes évangéliser par Dieu.
Je souhaite que ces quatre années soient vraiment un temps fort pour notre vie chrétienne personnelle et communautaire.
Je demande aux communautés chrétiennes de faire une véritable révision de vie :
-         qu’en est-il de leur ressourcement spirituel, dans la prière, dans la fréquentation de la Parole de Dieu, dans leur redécouverte de l’eucharistie et du sacrement de réconciliation, dans la pratique de l’adoration ?
-         qu’en est-il du témoignage communautaire et fraternel qui est le leur ? Qu’en est-il de leur souci des pauvres, car Jésus met leur évangélisation au cœur de sa proposition de salut (cf. Lc 4, 18) ?
-         comment se vit en leur sein l’appel fait à tous de se sentir davantage partie prenante de la vie de l’Eglise et de sa mission ? Quels appels aux ministères de prêtres et de diacres ? Quelle reconnaissance des charismes des laïcs ? Quelle attention aux appels à la vie consacrée et à la vie religieuse ?
Je suis persuadé que seules des communautés vivantes, ferventes, fraternelles et joyeuses peuvent servir la dynamique de l’évangélisation.
2)     Penser notre vie ecclésiale dans la dynamique de l’évangélisation
Nous sommes bien convaincus de l’importance de l’accueil. Notre Conseil pastoral diocésain a travaillé cette question, il y a plus de cinq ans. On parle beaucoup de l’accueil. Mais avons-nous pris la vraie mesure de la situation qui est la nôtre aujourd’hui ? Nous nous en défendons, mais, en fait, nos réactions sont souvent marquées par des modes de pensée de chrétienté. Nous reprochons aux gens de venir demander un sacrement sans avoir la foi, sans avoir été catéchisés ou même sans avoir été baptisés. De plus, les choses ne se passent pas comme elles devraient se passer : nous recevons à la catéchèse ou à l’aumônerie des enfants et des jeunes qui n’ont pas reçu préalablement une première annonce de la foi….Nous pouvons gémir et nous plaindre sur le malheur des temps. Cela ne changera rien à l’affaire.
Au contraire nous devons penser ces situations comme une chance  pour l’évangélisation et   une première annonce de la foi. Il s’agira alors moins de savoir s’il faut donner ou pas les sacrements à ceux dont nous pensons qu’ils n’ont pas la foi que de voir comment cette rencontre avec eux peut être l’occasion d’une évangélisation, d’une proposition audacieuse de ce qui est le cœur de la foi chrétienne. Et cela ne peut que modifier non seulement notre organisation ecclésiale, mais aussi notre attitude pastorale et notre langage. De bonnes propositions sont faites en ce sens dans nos dernières Orientations diocésaines pour le baptême des petits-enfants.
La dynamique d’évangélisation amène également à développer tout ce qui est invitation. Souvent nous attendons que les personnes se manifestent, frappent à la porte, viennent pour une inscription, pour une demande pastorale, expriment leur désir de participer à tel ou tel mouvement. N’avons-nous pas davantage à appeler, à inviter, à solliciter ? N’oublions pas que notre Dieu est un Dieu qui invite à sa table et qui, en Jésus Christ, s’invite à la table des hommes.
3)     Sortir de la chambre haute et aller vers

La dynamique de la Pentecôte fait sortir les apôtres de la « chambre haute », où ils s’étaient réfugiés. On les voit sur la place publique et Pierre annonce à tous la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus.  Dans un passé encore récent, quand on parlait de mission au sein de l’Eglise, on désignait la mission en dehors de la France, dans les « pays de mission », en Afrique, en Asie, en Océanie. Et notre diocèse a écrit au 19° siècle de belles pages en ce domaine. Mais, aujourd’hui nous nous rendons compte que ce sont nos pays d’Europe qui sont devenus des terres de mission. Une nouvelle évangélisation est donc à promouvoir. Nous avons à vaincre en nous le repli individualiste qui nous fait penser ainsi : « Chacun a son jardin intérieur, ses convictions. Tous doivent se respecter et nul n’a le droit d’entrer dans le jardin de l’autre. Donc, ma vie de foi ne concerne que moi ». Dans ce contexte, le silence s’installe. Il n’y a plus d’évangélisation ni même de transmission. Certains parents, par exemple, refuseront toute proposition de foi à leur enfant en disant : « Il choisira plus tard ».
Il ne faut pas rester au chaud, entre nous, dans nos communautés ecclésiales, attendant que des gens frappent à la porte, il faut sortir, aller vers, faire preuve d’imagination pastorale. Nous aurons besoin de beaucoup d’imagination apostolique pour ne pas revenir inéluctablement à nos habitudes et à nos routines ! A situation nouvelle, évangélisation nouvelle. Cela me paraît vrai pour tous les domaines de la vie ecclésiale, mais cela me semble particulièrement urgent pour une véritable évangélisation des jeunes.
Dans une lettre adressée aux prêtres à propos de l’année sacerdotale, le cardinal Hummes, préfet de la Congrégation du Clergé, écrit : « Nous ne lancerons pas la semence de la Parole de Dieu seulement par la fenêtre de notre maison paroissiale, mais nous sortirons dans le champ ouvert de notre société, en commençant par les pauvres, en rejoignant même tous les niveaux et toutes les institutions de notre société. Nous irons visiter les familles, toutes les personnes, en commençant par les baptisés qui se sont éloignés. Notre peuple veut sentir la proximité de son Eglise. Nous le ferons, en allant vers la société actuelle, avec joie et enthousiasme, certains que le Seigneur est présent avec nous dans la mission, et sûrs qu’Il frappera aux portes des cœurs auxquels nous L’annoncerons. »
Signalons une initiative : nous lancerons à certains grands moments un journal gratuit grand public pour pouvoir communiquer avec tous ceux et celles qui ne sont pas familiers de notre langage d’Eglise habituel. Cela sera pour nous à la fois une  initiative nouvelle et un  test.
Les visées et les moyens utilisés pour cette œuvre d’évangélisation sont sans doute divers dans notre Eglise diocésaine. Des initiatives seront peut-être controversées. Il faudra nous parler de tout cela, chercher ensemble et arriver à un discernement commun. En tout cas, dans une recherche de ce type, toutes les forces apostoliques sont invitées à s’impliquer et à apporter leur contribution. Aucun ne peut dire en vérité devant le Seigneur : je ne me sens pas concerné !
4)     Inscrire l’apport de notre foi au cœur de notre vie sociale
Il y a une autre dimension de l’évangélisation : c’est celle du témoignage des chrétiens au cœur des réalités de notre vie en société. En effet, quand Dieu se révèle, Il révèle non seulement qui Il est pour l’homme mais ce qu’est l’homme pour Lui. Il révèle ainsi l’homme à lui-même. Les principales convictions qui nous habitent découlent de là : l’unicité et la dignité de la personne humaine, la dimension collective du salut de l’humanité, la destination universelle des biens, l’importance du bien commun dans le respect de la justice et de la solidarité….Nous avons donc des convictions à exprimer et une expérience à partager.
Dans une société de débats, de recherche, de tâtonnements, de perte de points de repère mais aussi de campagnes de groupes de pression, les catholiques ne doivent pas avoir peur d’être présents, de faire entendre leur voix. Dans des domaines aussi divers que l’éducation, la vie familiale, le respect de l’environnement, la santé, la justice sociale, les situations d’exclusion, la paix entre les peuples et la solidarité internationale, les chrétiens ont une parole à dire et un engagement à renouveler.
Certes, nous n’avons pas la réponse immédiate à toutes les questions complexes que pose la réalité. Nous devons chercher avec d’autres, dans un compagnonnage fraternel, apportant la lumière de notre expérience et de l’image de l’homme que le Christ manifeste. Si cette image vient de notre foi nous savons qu’elle peut être tout à fait assumée rationnellement par ceux qui se retrouvent en elle, même s’ils ne confessent pas pour autant cette foi.
Sommes-nous vraiment présents à ces questions de société qui sont loin d’être des débats purement théoriques ? L’évangélisation comme bonne nouvelle sur l’homme ne saurait déserter ces questions et ces combats-là.

III – PRATIQUEMENT QUEL PARCOURS ?
La démarche diocésaine se fera en 4 étapes. Ces étapes correspondront à peu près à 4 années, de 2009 à 2013, même si le travail de tel ou tel chantier, amorcé une année, pourra se poursuivre l’année suivante.
 De la Fête de la Saint André 2009 à celle de 2010
Le projet diocésain sera lancé et présenté officiellement le 21 novembre 2009, lors de la messe de la Fête de la Saint André à la cathédrale, à 17h.
Cette première année sera une année d’entrée dans la démarche, d’appropriation de cette lettre pastorale, et de temps fort spirituel. Nous demanderons au Seigneur, en nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu, de former en nous les témoins de l’Evangile dont notre société aujourd’hui a besoin. Puissions-nous être habités par cette conviction forte de Paul qui lui faisait dire : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ! » (1 Cor. 9, 16).
Nous prendrons comme fil conducteur la lecture en Eglise des Actes des Apôtres. Cette lecture vient dans le prolongement de notre année paulinienne : nous découvrirons une Eglise qui jaillit de la Pentecôte, qui se laisse guider et parfois dérouter par la Parole de Dieu, qui découvre sa mission à travers les événements qui jalonnent sa route, une Eglise qui expérimente  le compagnonnage mystérieux du Ressuscité et l’action de l’Esprit Saint. Nous verrons quels déplacements géographiques, culturels et institutionnels les premières communautés ont dû effectuer.
Le texte des Actes sera largement distribué. Des indications de lecture seront également fournies.
Ce texte des Actes est écrit, non pas pour nourrir simplement notre curiosité sur les premiers temps de l’Eglise, mais bien pour être Parole de Dieu pour nous aujourd’hui. Nous mettrons donc en relation la vie de ces premières communautés chrétiennes avec ce que nous vivons  dans notre vie ecclésiale. A quels déplacements sommes-nous invités ? Quels appels entendons-nous ? Cette lecture et ce partage devraient nous permettre d’écrire  à notre tour nos Actes des Apôtres aujourd’hui.
Quelques grands textes de l’Eglise sur l’évangélisation seront présentés également au cours de cette année et tout au long de l’année suivante.
De 2010 à 2011
Nous ouvrirons cette année-là de grands chantiers de réflexion sur des situations de notre société qui sollicitent particulièrement notre présence et notre investissement. Nous y travaillerons avec tous ceux et celles qui sont déjà dans les mouvements et les services diocésains engagés dans ces domaines.
-         En premier lieu : lavie familiale. Quelle bonne nouvelle avons-nous à annoncer à toutes les familles, les familles unies, les familles en crise, les familles recomposées… ? Comment évangéliser notre vie familiale et comment permettre aux familles de devenir elles-mêmes évangélisatrices ? Il y a là un vaste chantier qui touche aussi bien à la vie des couples, qu’à celle des enfants et des jeunes et à la situation des personnes âgées qui vont être de plus en plus nombreuses dans notre société. Un rassemblement  diocésain dynamisera notre réflexion.

D’autres chantiers seront aussi ouverts :
-         Celui sur l’éducation qui est proche du chantier précédent. Il concerne la vie familiale, l’école et le système scolaire, les loisirs et la culture (médiatique en particulier). Notre société est à la recherche de convictions fortes en ce domaine. Nous aborderons également la question de la proposition et de l’éducation de la foi vis-à-vis des jeunes aujourd’hui. Nos Assises diocésaines de la catéchèse ont permis d’aborder déjà  la proposition de la catéchèse dans l’optique de l’évangélisation.
-         Celui de l’écologie et  de la sauvegarde de la création. Il s’agit de nos modes de vie actuels et du monde que nous allons transmettre aux générations qui viennent. Cette question concerne notre relation à l’environnement mais aussi à l’homme lui-même. Il y a une « écologie humaine » à prendre en compte. Le pape Benoît XVI est souvent intervenu sur cette question et il l’a proposée aux catholiques comme un lieu de réflexion et d’engagement prioritaires.

-         Celui de la solidarité sociale, tant dans sa dimension nationale qu’européenne et mondiale. Dans une société où l’attention portée à l’individu risque de renforcer chez celui-ci la défense de ses droits, de ses intérêts et de son propre bien personnel, comment peut-il y avoir la définition d’une politique du bien commun, de l’intérêt collectif, de la juste répartition des biens et des richesses et d’une solidarité internationale. Le contexte de crise dans lequel nous vivons rend aigüe cette réflexion.  Nous aurons à méditer, à faire connaître la dernière encyclique du pape Benoît XVI : Caritas in veritate. Il nous faudra aussi en tirer quelques conclusions pratiques.

    De 2011 à 2012
Les chantiers continueront leur travail en vue d’une ressaisie et d’une expression diocésaine.
Mais, au cours de cette année, il sera demandé plus particulièrement aux secteurs pastoraux, aux aumôneries, aux établissements scolaires, aux différents groupes et communautés ainsi qu’aux services diocésains d’élaborer leur propre plan pastoral d’évangélisation. Il ne s’agira pas alors d’en rester à des considérations générales sur l’Evangélisation mais de se donner quelques points d’attention pratiques et de décider des initiatives à prendre, si modestes soient-elles.
De plus, se pose de façon de plus en plus pressante la question du remodelage de notre vie ecclésiale. Comment soutenir la vitalité de nos communautés chrétiennes ? Comment situer le ministère apostolique des prêtres et des diacres, la responsabilité des laïcs ? Au lieu d’être dans le processus de la peau de chagrin, comment situer toutes ces questions dans la dynamique de l’évangélisation ? Quelles propositions pratiques, innovantes et réalistes pouvons-nous formuler ?
 Nous nous informerons durant cette année  de ce qui s’exprime et de ce qui se recherche dans les différents secteurs de notre diocèse.
Il est prévu que nous ayons en 2012 une semaine d’expression publique sur Bordeaux de notre démarche d’évangélisation, comme celle-ci a été organisée par Paris et par d’autres grandes villes européennes.
Nous sommes en contact avec les diocèses de Barcelone et de Marseille pour entrer dans une même démarche d’évangélisation.  Cela nous permettrait de partager nos réflexions et nos expériences. Nous avons tout à y gagner.

De 2012 à 2013
Au cours de cette dernière année, il faudra ressaisir tout ce qui aura été réfléchi dans les différentes communautés chrétiennes du diocèse en termes de convictions, de points d’attention, de projets et d’initiatives concernant l’évangélisation. Les ensembles pastoraux pourront être un bon lieu de communication, de partage, d’échange et de première ressaisie. Ce sera l’occasion de nous enrichir et de nous dynamiser mutuellement.
Mais il faudra également une ressaisie au niveau du diocèse. Un synode diocésain pourra être alors convoqué pour préciser, à partir de tout le travail préalable qui aura été mené, les grandes orientations diocésaines pour les 10 ans qui suivront. Il sera aussi l’occasion de rendre grâce pour l’action du Saint Esprit et d’exprimer au Seigneur notre disponibilité pour la mission qu’il ne cesse de nous confier.
Notre revue diocésaine L’Aquitaine donnera tout au long de cette démarche informations, éléments de réflexion et communications d’expériences qui nous seront nécessaires.

IV – PROJET PASTORAL ET ANNEE SACERDOTALE
Le lancement de notre démarche d’évangélisation va croiser cette année (2009-2010) la proposition d’année sacerdotale que le pape Benoît XVI a décidée pour toute l’Eglise. Le pape a souhaité que cette année sacerdotale soit une occasion de sanctification pour tous les prêtres et de redécouverte de ce qu’est le ministère sacerdotal des prêtres par toute l’Eglise. Loin d’être en concurrence, les deux projets vont au contraire se renforcer l’un l’autre. Nous réfléchirons sur la façon dont les prêtres vivent cette dimension d’évangélisation et de mission dans leur propre vie et leur ministère. Nous nous interrogerons également sur l’importance du ministère ordonné dans la vie et la mission de l’Eglise. Ce sera, en particulier, l’occasion de prier pour tous ceux qui n’ont pas reçu de Dieu « un esprit de peur…mais un esprit de force d’amour et de maîtrise de soi…pour…le témoignage à rendre au Seigneur » (2 Tm 1, 7-8).
Un programme plus précis des propositions de l’année sacerdotale peut être demandé au  Service d’accueil de l’archevêché.
Chers amis, la route de l’évangélisation s’ouvre devant nous. Elle n’est ni simple, ni facile. Elle nous demandera foi, confiance, audace, espérance et imagination. Partons avec la confiance du semeur qui sème largement sachant qu’une part de ses grains sera reçue dans la bonne terre et produira du fruit au centuple.
Le Seigneur nous accompagne de son Esprit. Il nous  a donné sa Mère, la Vierge Marie, pour qu’elle soit notre Mère. Confions-lui notre démarche. Nous pouvons compter sur son aide pour accomplir la volonté du Seigneur. Elle est au cœur de l’assemblée de la Pentecôte ! Qu’elle nous communique cette ardeur des disciples dont Marc nous dit : « Quant à eux, ils partirent prêcher partout : le Seigneur agissait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » (Mc 16, 20). Alors, bonne route à tous !
En la fête des saints Michel, Raphaël et Gabriel
29 septembre 2009

+ Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Evêque de Bazas

Parcours missionnaire diocésain 2009>2010>2011>2012
Lancé en 2009, le Parcours missionnaire entre dans sa deuxième année. Quatre chantiers viennent de s'ouvrir sur les thèmes de la Famille, de la Solidarité, de l'Ecologie et la sauvegarde de la création, et l'Education

Dossiers
 
Parcours missionnaire diocésain, année 2010-2011
Parcours missionnaire diocésain, année 2009-2010
La lectio divina
La lectio divina dans le parcours missionnaire diocésain 2009-2012
Documents
 
PARTAGER LA JOIE DE CROIRE ET DE VIVRE DANS LE CHRIST
Pour une nouvelle dynamique d’évangélisation
Lettre pastorale du cardinal Jean-Pierre RICARD, Archevêque de Bordeaux et évêque de Bazas
Liens
 
Le blog du Chantier sur l'écologie et sauvegarde de la Création
Le chantier sur écologie et sauvegarde de la Création est un des quatre chantiers de la deuxième année du Parcours missionnaire diocésain. Durant cette année nous chercherons à approfondir notre sensibilisation à ces questions à la lumière de la foi, relire et corriger nos pratiques humaines, familiales, professionnelles, ecclésiales, apporter notre contribution de chrétiens à la réflexion commune.
Le blog du Chantier sur l'Education
Ce Chantier a pour but que chaque chrétien se sente impliqué et concerné personnellement par l'éducation, de partager des idées, des expériences réussies et des propositions concrètes, de montrer que le message de l'Évangile est au cœur de ce sujet.
Le Blog du Chantier sur la Famille
22009 > 2010 > 2011 > 2012, le parcours missionnaire diocésain ! (document à télécharger)
La rencontre du Christ nous donne une joie à partager !
Entrons ensemble dans cette expérience !
Partageons les aspirations au bonheur de nos contemporains Pour une bénédiction qui prend racine dans la joie créatrice de Dieu
Recevons la joie de Dieu pour nous et pour tous !
Lettre pastorale: PARTAGER LA JOIE DE CROIRE ET DE VIVRE DANS LE CHRIST (document à télécharger en pdf)
La lettre pastorale présentée par Mgr Ricard (vidéo)